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Troy M. Bolton: When I want some, I'll take it!

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♦ ADMIN ROMANTIQUE ET ESPIÈGLE: SOUVENT COPIÉ, JAMAIS ÉGALÉ ™



▪ γσύяşєlf &
▲ STAR: Zac Efron
▲ YOUR SECRET: A régulièrement consommé de la drogue par le passé
▲ THEY ARE YOUR PEOPLE:
MessageSujet: Troy M. Bolton: When I want some, I'll take it! Mer 16 Nov - 7:49




Troy Michael Bolton



Feat. Zac Efron
...


Tell me about your Character.


Your Identity ;


Prénom et Nom ; Troy M. Bolton
Age ; 20 ans
Date et Lieu de naissance ; 26 juin 1991 à Chicago
Nationalité ; Américaine
Groupe choisi ; Athletics

Everybody has a story ;


On a chacun sa propre histoire et même si cela n'engage que moi, j'aime à penser que nous avons tous notre propre destinée. En réalité, nous sommes souvent spectateurs du monde qui nous entoure: on a beau essayer de changer le cours des événements, on finit tôt ou tard par subir le sort que le ciel nous avait réservés. Cela ne veut pas dire pour autant que l'on emprunte forcément la route que l'on nous avait indiqués de prendre: parfois, on se permet d'effectuer quelques détours mais au bout du compte, notre point de chute est toujours celui qu'on était censé rejoindre. D'ailleurs, ne dit-on pas que tous les chemins mènent à Rome? Dans un sens, notre existence ressemble à s'y méprendre à celle d'un livre: notre vie se décompose en plusieurs chapitres et qu'elle soit courte ou longue, celle-ci doit malheureusement s'achever un jour ou l'autre. D'ailleurs, quand on déteste un récit, on peut refermer le livre et choisir de ne jamais connaître la suite de son contenu ou bien alors déchirer certaines pages pour laisser notre imagination prendre le relais mais au fond, on sait parfaitement qu'il nous sera impossible de changer une œuvre dont nous ne sommes pas l'auteur: il en va de même pour notre existence. Dans l'absolu, on nous laisse carte blanche et on peut donc planifier notre avenir comme on l'entend mais il est rare que tout se passe comme on l'avait prévu: les aléas du destin nous réservent souvent de drôles de surprises et pour survivre, il faut savoir s'en accommoder. De ce côté là, je dois bien avouer que sur un plan personnel, j'ai été servi: je vous laisse en juger par vous-même. Je m'appelle Troy Bolton et voici mon histoire...

1) Chicago: reflet d'une vie sans nuage?




Je suis né le 26 juin 1991 dans la plus grande ville de l'Etat de l'Illinois. Ma venue au monde n'a d'ailleurs pas été de tout repos pour ma chère et tendre mère: à vrai dire, je ne compte plus le nombre de fois où elle m'a parlé de cette soirée si particulière dans les moindres détails. Tout le monde s'attendait à ce que je vois la lumière du jour au cours du mois de juillet mais de mon côté, je n'en avais fait qu'à ma tête et c'est donc avec deux semaines d'avance sur le planning prévu que j'avais finalement poussé mes premiers cris. Non content de provoquer une certaine panique chez mes parents, je m'étais en plus permis de les réveiller en pleine nuit histoire de pimenter encore un peu plus la situation. D'ailleurs, ce n'est pas à l'hôpital que ma mère avait accouché: le temps de se rendre à la clinique, j'étais sorti de son ventre avant même que le taxi, dans lequel elle se trouvait, ne parvienne à bon port. Je ne me lassais jamais d'écouter ce récit même si avec le temps, j'avais fini par le connaître par cœur: au fil du temps, rien n'avait changé et je buvais chaque parole que mon ange gardien prononçait comme si c'était la toute première fois qu'elle évoquait ma naissance. Comment aurait-il pu en être autrement? Ma mère incarnait la douceur dans toute sa splendeur mais elle avait surtout un don pour toucher les gens en plein cœur: sur un plan purement émotionnel, j'étais intimement convaincu qu'elle n'aurait eu aucun mal à rendre inoffensif la pire des charognes.

Chaque fois qu'elle s'évertuait à mettre ce souvenir sur le tapis, je la sentais un peu ailleurs comme si au fil de son récit, elle revivait pleinement cet accouchement qui semblait l'avoir tant marqué. De mon côté, je ne pouvais m'empêcher d'observer ce magnifique sourire qui illuminait alors son visage tandis qu'elle tentait tant bien que mal de cacher quelques larmes qui coulaient sur ses joues. En règle générale, nos deux regards finissaient toujours par se croiser et automatiquement, ma mère me serrait tendrement dans ses bras tout en glissant au creux de l'oreille quelques mots qui en disaient long sur l'amour qu'elle me portait: j'étais son enfant chéri, son petit trésor.

A elle seule, cette anecdote suffirait à résumer mon enfance. Fils unique, j'étais devenu l'attraction de la famille et mes parents m'avaient rapidement considéré comme la huitième merveille du monde. On pouvait guère leur en tenir rigueur d'autant plus que durant plusieurs années, leurs différentes tentatives s'étaient avérées infructueuses: Lucille avait même subi une fausse couche et c'était une épreuve douloureuse dont elle avait eu le plus grand mal à se relever. Ma naissance les avait donc grandement soulagés leur permettant de laisser aux oubliettes une période trouble de leur existence durant laquelle certaines de leurs plaies n'avaient jamais cicatrisé. Dans ces conditions, ils leur avaient semblé logique que je sois au centre des attentions et dès cet instant, je n'avais eu de cesse d'être choyé comme un prince. L'une de leur première résolution fut d'ailleurs de quitter les quartiers nord de Chicago: en effet, mes parents ne souhaitaient pas que je grandisse dans ce secteur de la ville qui était rythmé par le stress ambiant. Leur objectif premier fut donc de trouver un coin paisible et ils ne tardèrent pas à jeter leur dévolu sur une maison qui se situait dans une zone résidentiel: le déménagement s'effectua en l'espace de quelques jours et mes parents réalisèrent rapidement qu'ils avaient effectué le bon choix. Il faut avouer que le décor laissait rêveur: difficile de ne pas craquer pour cette demeure qui donnait la sensation que nous habitions en pleine campagne.

Dans un premier temps, mes parents durent d'abord se reconstruire: ayant toujours vécu dans le centre-ville, il ne fut pas facile pour eux de modifier leurs habitudes. Néanmoins, ils ne tardèrent pas à prendre leurs marques et décidèrent d'oublier le passé: dans de telles circonstance, le moment était idéal pour tout recommencer à zéro. Ainsi, mon père s'empressa de quitter sa société: bien que conscient de posséder une place en or, il n'avait pas hésité une seule seconde à tourner le dos à son employeur estimant que sa famille devait désormais passer avant tout le reste. De plus, il n'avait jamais réellement apprécié ce boulot et désirait plus que tout réaliser un rêve de gosse qu'il avait jusqu'alors laissé de côté: s'adonner pleinement à sa passion pour le basket. Et comme une bonne nouvelle ne vient jamais seule, son vœu fut rapidement exaucé: après quelques semaines d'attente, une opportunité se présenta à lui et il prit garde de ne pas la louper. Devenu coach d'une équipe universitaire, mon père me laissa la plupart du temps entre les mains de Lucille même si il veilla à ne pas me négliger prenant d'ailleurs une place prépondérante dans mon éducation. Ma mère abandonna également son ancien boulot mais décida de se consacrer totalement à moi: mes parents ne roulaient pas sur l'or mais elle pouvait se permettre ce luxe dans la mesure où ils possédaient quelques économies. De toute manière, elle n'aurait jamais accepté que les choses se passent autrement: j'étais comme une perle rare qu'il ne fallait plus quitter des yeux.

Lucille me couva beaucoup et Jack ne manqua pas de lui faire des réflexions à de nombreuses reprises. Cela ne partait jamais d'un mauvais sentiment mais je sus par la suite que ce fut la cause principale de beaucoup de leurs disputes: mon père et ma mère possédaient deux caractères opposés et il était donc normal que leur lien soit explosif, je n'eus d'ailleurs jamais à m'en inquiéter outre mesure. Ne manquant de rien, j'effectuai mes premiers pas dans la vie sous le regard attentif de ma mère qui veillait toujours à ne pas me lâcher d'une semelle. Je grandis au sein de notre maison entouré par mes parents et Pastis: un Golden Retriever qui avait rejoint la famille il y a peu de temps. D'ailleurs, cette petite canaille fut mon premier véritable ami: dès l'âge de 3 ans, je gambadai dans notre jardin en sa compagnie m'amusant à lui lancer une balle de tennis qu'il affectionnait par dessus tout. En général, ma mère s'installait sur le perron et lisait un livre mais cela ne l'empêchait pas de nous surveiller attentivement: Pastis n'était pas méchant pour un sou mais il demeurait jeune et Lucille craignait souvent que dans un élan de folie, il me bouscule violemment. Parfois, ma mère me mettait dans la poussette et nous faisions alors le tour de notre quartier: la vie me semblait alors plus belle que jamais et je n'avais pas conscience d'être dans un monde où la souffrance existait.

2) Première peine: seul accroc au milieu d'un oasis de paix





Je compris que la joie de vivre ne pouvait pas demeurer éternelle à l'âge de 7 ans. Tous les soirs, mon père avait pour habitude de sortir le chien afin que celui-ci effectue sa promenade nocturne: de mon côté, je restais en compagnie de ma mère attendant avec impatience le retour de Pastis car il avait coutume de dormir sur mon lit. Je ne rejoignais donc jamais ma chambre avant que le petite canaillou revienne à la maison: craignant le noir, sa présence me rassurait quand j'avais du mal à m'endormir. En temps normal, je n'avais pas besoin de m'armer de beaucoup de patience car la balade durait au maximum une dizaine de minute. Pourtant, ce jour-là, les minutes défilèrent et au bout d'une demi-heure, nous restions toujours sans nouvelle de Jack. Ma mère avait beau se montrer prudente prenant garde de ne jamais m'envoyer des ondes négatives, nous étions fusionnels et quand elle était inquiète, je le savais automatiquement. L'attente se prolongea et l'atmosphère devenait pesante quand soudainement, Jack passa le seuil de la porte d'entrée: ma mère ne tarda pas à le rejoindre lui faisant alors part de son angoisse. L'enfant, que j'étais encore à cette époque, eut un autre réflexe et la première chose que je remarquai, fut l'absence de Pastis. Surpris, je tirai alors sur le pantalon de mon père lui demandant où avait disparu notre compagnon à 4 pattes. Trop naïf pour croire un seul instant qu'un drame s'était produit, je ne compris pas tout de suite pourquoi mon père me regarda alors avec un regard triste: c'était la première fois qu'il m'observait avec un air aussi dramatique et cela me procura la chair de poule. Calmement, il tenta de m'expliquer la dure réalité en prenant garde de bien choisir ses mots: Pastis n'était plus de ce monde, il venait de monter au ciel.

Je me souviens alors m'être défoulé sur mon père lui réclamant de me ramener Pastis tout de suite: pour moi, il était difficile d'imaginer que le destin m'avait enlevé mon chien et que je ne le reverrai donc plus jamais. Par la suite, je m'étais calmé et j'avais fini par me blottir contre Jack pour pleurer toutes les larmes de mon corps: c'était la première fois que je versais des larmes sans m'être fait mal. Je venais d'apprendre qu'une souffrance n'était pas exclusivement physique et qu'elle était même beaucoup plus douloureuse lorsqu'elle provenait directement de notre cœur. Durant les semaines qui suivirent, je fis parfois vivre un enfer à mes parents: aveuglé par ma tristesse, je me comportai comme un véritable garnement piquant des crises de nerfs pour un oui ou pour un non. Puis tout doucement, le temps fit son œuvre et je dus accepter la dure réalité: Pastis était mort et je n'avais d'autre choix que de poursuivre mon existence sans lui. D'ailleurs, ce n'est que quelques années plus tard que mon père m'expliqua qu'une voiture l'avait renversé le tuant sur le coup: au moins, mon brave compagnon n'avait certainement pas eu le temps de souffrir.

Cet épisode tragique ne marqua pas pour autant le début d'une série noire, bien au contraire. Quelques mois après la disparition de Pastis, mes parents profitèrent de mon anniversaire pour me faire une surprise de taille: un petit chiot vint en effet agrandir notre famille. Ce cadeau pour le moins inattendu me toucha au plus haut point si bien que je couvris Jack et Lucille de bisous: j'affichais aussi un sourire qui n'avait plus illuminé mon visage depuis un certain temps. Je n'avais pas l'intention d'oublier Pastis mais je devais faire son deuil afin qu'il repose en paix. Suivant les traces de ma mère, je pris alors soin de mon nouveau compagnon comme si ma propre vie en dépendait et très rapidement, un lien se tissa entre nous: une nouvelle amitié venait de voir le jour.

Et l'école dans tout ça me direz-vous? Si certains enfants ont du mal à s'y accommoder, ce ne fut pas du tout mon cas. En réalité, j'y trouvai aussitôt ma place étant plutôt heureux de suivre des cours pour enrichir mes connaissances. N'ayant connu aucun problème d'acclimatation à ce nouvel environnement, je n'eus aucun mal à franchir les échelons les uns après les autres ne possédant pas les qualités requises pour sauter une classe. Cependant, la copie ne fut pas parfaite en tout point et je dus même me résoudre à accepter une dure réalité: n'ayant pas la moindre expérience en matière d'intégration, je connus toutes les peines du monde pour créer des liens avec mes camarades de classe. Timide et discret, j'eus la mauvaise idée de demeurer dans ma solitude à plusieurs reprises m'excluant tout seul d'un groupe qui n'aurait vu aucun inconvénient à ce que je m'enthousiasme à l'idée de participer à leurs jeux. Pour autant, cela n'eut aucune répercussion négative sur ma personne mais je réalisai soudainement que comparé à la plupart des gamins de mon âge, j'étais finalement très renfermé sur moi-même.

Intrigué par ce constat, je décidai d'en discuter avec ma confidente de toujours: mon ange gardien. Durant l'été qui précédait mon entrée au collège, nous partîmes à la montagne rien que tous les deux laissant mon père à ses occupations, celui-ci devant honorer ses obligations et préparer son équipe de basket pour la finale du championnat universitaire. Je profitais de l'occasion pour ouvrir mon cœur à Lucille lui dévoilant certains aspects de ma personnalité que je ne lui avais encore jamais montré de peur de la blesser. Sans lui adresser le moindre reproche, je lui parlai alors en toute franchise l'obligeant ainsi à faire face à ses responsabilités. Jusqu'à présent, ma mère m'avait tellement couvé que notre relation comportait trop de zones d'ombres et tôt ou tard, celles-ci risquaient de briser le formidable lien qui nous unissait: je refusais catégoriquement qu'un tel événement puisse se produire. A vouloir trop me protéger, mon ange gardien avait perdu de sa crédibilité: le temps était venu de crever l'abcès. Encore aujourd'hui, je me souviens de cette discussion pour la simple et bonne raison qu'elle avait duré toute la nuit pour ne s'achever qu'au petit matin. Durant plusieurs heures, nous avions eu quelques échanges pour le moins intenses mais cela nous avait été plus que profitables. En réalité, pour la première fois de sa vie, ma mère m'avait parlé sans langue de bois ne cherchant donc pas à éviter les sujets délicats comme elle avait si bien réussi à le faire par le passé. Elle m'avait dévoilé ses peurs et ses craintes m'avouant même son secret le plus intime en me confiant qu'elle avait subi une fausse couche avant que je ne sois conçu. Elle, qui jusqu'à présent, s'était toujours démené pour que je reste à l'abris des coups durs, effectuait soudainement un volte-face qui n'avait rien d'anodin. A travers ces révélations, elle admettait non seulement ses torts mais acceptait aussi l'idée selon laquelle elle devait desserrer son étreinte afin que je vole de mes propres ailes. Or, la connaissant sur le bout des doigts, je savais qu'un tel sacrifice lui demandait de posséder un immense courage. Cette nuit riche en émotions changea à tout jamais le court de notre relation: par la suite, ma mère s'employa pour ne plus m'étouffer veillant à mon bien-être sans pour autant être toujours sur mon dos. Néanmoins, ne vous y trompez pas: ce changement d'attitude ne se fit aucunement au détriment de notre lien dans la mesure où l'on continua à entretenir des rapports privilégiés, ma mère demeurant alors la personne qui comptait le plus à mes yeux dans mon existence.

3) L'amitié dans toute sa splendeur. Père ou entraîneur? Il faut choisir...





Désormais adolescent, je commençai tout doucement à mûrir et cela ne fut pas forcément du goût de tout le monde. Lorsque j'effectuai mes premiers pas dans mon nouvel établissement, je me démarquai une nouvelle fois de mes collègues qui me trouvèrent beaucoup trop sérieux: ils me collèrent aussitôt l'étiquette du coincé de service. J'aurais pu m'en offusquer mais toutes ces considérations me laissaient de marbre: dans mon fort intérieur, je croyais dur comme fer que l'opinion de simples inconnus ne serait jamais en mesure de me porter préjudice. Etais-je trop confiant? Toujours est-il que j'allais vite déchanter...

J'avais beau ignorer les remarques désobligeantes que j'entendais à longueur de journée, je n'étais pas totalement dépourvu de sensibilité. En voulant me persuader que ma force de caractère suffirait à elle seule à repousser les attaques dont j'étais victime, j'en avais oublié que j'avais changé de dimension: le temps des enfantillages n'était plus à l'ordre du jour. J'avais négligé beaucoup de paramètres et je ne tardais pas à comprendre que j'étais en position de faiblesse. A l'école, j'étais peut-être déjà seul mais c'était un choix délibéré de ma part alors qu'au collège, je m'étais mis à l'écart parce qu'on me l'avait imposé: cette simple constatation fit toute la différence. Inquiet en voyant la tournure que prenait les événements, je cherchai une porte de secours et j'eus alors dans l'idée de solliciter la bienveillance de ma mère. Cependant, après maintes réflexions, je réalisai que cette solution n'était pas la bonne attitude à adopter: je n'étais plus un gamin et je n'avais aucune envie de reculer pour mieux sauter par la suite. J'avais voulu mon indépendance, il fallait donc que je m'en sorte par mes propres moyens.

Désireux de ne plus être le souffre-douleur de ma classe, j'employai alors différentes stratégies pour sortir de cette impasse: seulement rien n'y fit. Au contraire, plus les semaines passèrent, plus les taquineries de mes camarades atteignirent un degré de méchanceté qui dépassait l'entendement. A bout de souffle et ne me battant pas à armes égales, je cédai prise en un laps de temps assez court me préparant déjà à vivre une année en enfer: je n'imaginai pas un seul instant qu'un miracle allait se produire.

Un matin d'hiver, la neige avait recouvert Chicago d'un épais manteau blanc. Le paysage était magnifique mais cette météo pour le moins frileuse n'était pas faite pour me réjouir: dans un tel contexte, je dirai même qu'elle était synonyme de tous les dangers. C'était donc sur la pointe des pieds que je me rendis à mon collège priant simplement pour que les petits rigolos de service affichent un peu de complaisance à mon égard. Malheureusement pour moi, ils ne semblaient pas décider à m'accorder un répit et j'avais à peine eu le temps de pénétrer dans la cour de l'établissement que déjà, je reçus une boule de neige en pleine figure. L'imbécilité étant contagieuse, je ne tardais pas à devenir une cible de choix mais je ne cherchais pas à riposter: à quoi bon les exciter davantage? Résigné à passer un mauvais quart d'heure, je fus le premier surpris à l'instant même où j'entendis une voix s'élever au milieu de la foule. Je compris tout de suite que cette personne s'opposait à ces énergumènes mais si j'étais content qu'elle prenne ma défense, j'étais déjà persuadé qu'elle allait regretter son geste en une fraction de seconde. Pourtant, il n'en fut rien et le jeune homme qui avait subitement durci le ton sembla carrément avoir envoûté la cour toute entière: un silence de plomb régnait désormais autour de moi mais je ne parvenais pas encore à distinguer mon sauveur car la neige m'aveuglait les yeux. Quand je retrouvai enfin mes esprits ainsi qu'un semblant de vue, je fus à deux doigts de frôler l'arrêt cardiaque. Avais-je brusquement perdu le sens des réalités? J'avais beau le fixer du regard, j'étais ébahi par ce que je voyais: à mes côtés, se tenait la coqueluche de ce collège. L'étudiant était une véritable armoire à glace et déjà que je n'étais pas très costaux à cette époque, j'avais l'air d'une pitoyable mauviette en me situant si près de lui. Le contraste était affligeant dans tous les sens du terme car tout nous opposait littéralement: populaire à l'extrême, le jeune homme avait obtenu le respect de tous ses collègues alors qu'en ce qui me concerne, j'étais devenue la risée de tout l'établissement. Adam continuait de passer un véritable savon à ses camarades tandis que de mon côté, je peinais toujours à réaliser que le chouchou de ses dames était intervenu en ma faveur. Les minutes s'égrenèrent puis le jeune homme demanda à tout le monde de se disperser sur-le-champ: il dégageait une telle aura que chacun s'exécuta alors sans broncher. Adam reporta son attention sur moi tout en affichant un regard beaucoup plus apaisé mais j'étais tellement impressionné par l'étudiant que je ne bougeai pas une oreille: à peine, parvins-je à murmurer un simple merci pour lui témoigner une marque de respect.

Une année s'était écoulée et le moins que l'on puisse dire, c'est que cette rencontre avait considérablement modifié la donne. A mes yeux, cet événement était même à marquer d'une pierre blanche car si les persécutions dont j'étais victime n'avaient pas cessé, il y a fort à parier que j'aurais fini par poursuivre mes études dans un autre collège: comme quoi, un simple détail pouvait parfois changé le cours de toute une vie. Désormais, j'avais acquis mes lettres de noblesse: je ne me serai jamais permis de dire que je faisais l'unanimité au sein de mon établissement mais il est clair qu'on ne se risquait plus à me chercher des noises. Dans l'absolu, je pouvais même me targuer de posséder une belle côte de popularité mais en toute sincérité, je m'en fichais royalement. De nature modeste, je n'avais pas pour ambition de me vanter d'autant plus que je savais pertinemment à qui je devais ma réussite: je n'avais jamais oublié qu'un jeune homme m'avait tendu la perche alors qu'il n'avait rien à y gagner en retour et quoi qu'il arrive, je m'étais promis de lui en être éternellement redevable. Grâce à Adam, j'avais compris la véritable signification du mot amitié durant ces derniers mois. A partir du moment où il était venu me porter secours, il avait décidé de me prendre sous son aile et en toute objectivité, il n'avait pas fait les choses à moitié. Dès le début de notre entente, il m'avait procuré des conseils précieux jouant finalement le rôle du grand frère que je n'avais jamais eu. Au départ, je m'étais montré extrêmement frileux: j'avais alors eu du mal à mettre un pied devant l'autre sachant que je bénéficiais de la protection du maître des lieux. Dans un sens, ma fébrilité était légitime car cette situation était déroutante à bien des égards: j'étais presque embarrassé qu'il m'accorde autant de crédit car je ne voyais pas quelle satisfaction il pouvait en tirer. Par la suite, il avait usé de son habileté pour gagner ma confiance et peu à peu, j'avais baissé ma garde réussissant alors à le considérer comme un étudiant à part entière. Ayant brisé les barrières qui me donnaient l'impression que nous appartenions à deux mondes différents, nous pûmes alors aborder des sujets plus personnels et je me surpris même à livrer quelques confidences à Adam, un privilège que j'avais exclusivement réservé à ma mère jusqu'à présent. Au détour de chacune de nos discussions, le jeune homme s'évertuait toujours à mettre l'accent sur quelques détails qui l'interpellaient mais jamais il ne s'était permis de me juger: c'était tout à son honneur. Parfois, il lui arrivait de me bousculer mais son unique but était alors de me faire réagir car il estimait que j'avais tendance à me descendre en flèche: or, selon ses dires, cela était sûrement la cause principale de bon nombre de mes désagréments. Persuadé d'avoir mis le doigt sur la faille qui me rendait si vulnérable, Adam estima qu'il était temps de remédier à ce problème: jamais à court d'imagination, il m'imposa alors de remplir plusieurs défis augmentant toujours la difficulté de chaque mission qu'il m'ordonnait de remplir. Parfois, il me poussa jusqu'à mes derniers retranchements et je crus à plusieurs reprises que mon cœur serait incapable de tenir la distance. Le jeune homme me fit subir ce traitement de choc durant 10 semaines puis réalisant que j'avais atteint mes limites, il stoppa cet entraînement draconien: épuisé à la fois physiquement et mentalement, il me fallut plusieurs jours pour reprendre mes esprits. Ce n'est que par la suite que je réalisai la portée de mes actes: Adam était parvenu à me sublimer. Aussi incroyable que cela puisse paraître, il avait eu la faculté de mettre en avant certaines de mes compétences: des qualités dont je n'avais jamais soupçonné l'existence pour la simple et bonne raison que je manquais totalement d'assurance en moi.

Allais-je devenir un autre homme? Je n'en avais pas la moindre idée mais cette perspective ne m'effrayait pas réellement. Je savais qu'avec le soutien indéfectible d'Adam, je ne risquais pas de me planter en beauté: si je filais un mauvais coton, il ne tarderait pas à tirer la sonnette d'alarme. Moins réservé qu'auparavant, il n'était pas rare que j'accompagne le jeune homme en boîte de nuit lorsqu'il m'invitait à le rejoindre pour faire la fête: c'est d'ailleurs à cette époque que je connus ma toute première cuite. Complices comme jamais, Adam et moi-même étions de véritables virtuoses lorsqu'il s'agissait de mettre le feu sur la piste de danse. En fait, il n'existait qu'un seul sujet sur lequel nos avis divergeaient totalement: le sexe. Certes, Adam était mon mentor mais cela ne signifiait pas pour autant que je suivais à la lettre le moindre de ses conseils: or, pour le moment, les filles, ce n'était pas vraiment ma tasse de thé.

Cette seconde année se déroula donc sous les meilleurs auspices mais lorsque le printemps pointa enfin le bout de son nez, je dus affronter quelques coups de blues passagers. La perfection n'étant pas de ce monde, un grain de sable vint semer le trouble dans mon esprit: j'avais beau nager dans le bonheur, il n'en restait pas moins que je me préparais à vivre un épisode douloureux et j'étais persuadé de ne pas ressortir indemne d'une telle épreuve. Adam et moi-même avions trois ans d'écart, ce qui signifiait qu'à la rentrée, le jeune homme allait partir sous d'autres cieux. Au regard de la formidable amitié que nous entretenions, je savais déjà que cette séparation laisserait des traces. Plusieurs fois, j'avais essayé d'aborder le sujet en sa compagnie mais j'avais toujours tiré sur le frein à main craignant de ne pas pouvoir supporter ce que mon frère de cœur allait me confier. Finalement, deux semaines avant les vacances d'été, le jour fatidique arriva: le collège organisait une fête gigantesque et bien évidemment, Adam et moi-même étions de la partie. Durant les premières heures, la soirée fut uniquement placée sous le signe de l'éclate totale: n'ayant aucun secret l'un pour l'autre, nous n'avions pas eu besoin de nous concerter pour comprendre ce que l'autre éprouvait. On ne se voilait pas la face car nous savions ce qui nous attendait mais à nos yeux, il était hors de question qu'on se lamente sur notre sort. Le temps des larmes allaient venir mais pour l'instant, nous voulions simplement nous amuser pour rendre hommage à la belle complicité qui nous unissait.

La nuit était déjà bien avancée lorsqu'Adam me fit signe de lui emboîter le pas. Le gong avait retenti et je sentais déjà mon cœur battre la chamade: j'aurais alors tout donné pour remonter le temps mais il m'était impossible de reculer. Je pris donc mon courage à deux mains et je le suivis me frayant un chemin au milieu de la foule: malgré le bruit assourdissant qu'il y avait tout autour de moi, je n'entendais déjà plus rien car j'avais rejoint ma bulle. Quelques minutes plus tard, on se retrouva dans les gradins qui surplombaient le terrain de foot du collège: ce n'était d'ailleurs pas le simple fruit du hasard si Adam m'avait conduit jusqu'ici. Ce lieu était symbolique pour notre duo car c'est à cet endroit précis que l'on s'était réuni chaque fois que l'on avait ressenti le besoin de se faire des confidences. Un silence de plomb nous entourait et seul le vent manifestait sa présence en venant nous balayer les cheveux. L'émotion était omniprésente et je crus l'espace d'un instant qu'on resterait planté ici pendant des heures sans avoir le courage de placer un mot. Puis, contre toute attente, Adam se jeta à l'eau...

- Si quelqu'un m'avait dit il y a 4 ans que tout ceci pourrait me manquer, je lui aurais ri au nez. Pourtant, je me rends compte aujourd'hui que quitter ce bahut ne sera pas chose aisée.

- Tu vas aussi laisser un grand vide derrière toi. Tout le monde t'aimait dans cet établissement.

- Tu le crois réellement? Moi, je n'en suis pas aussi sûr que toi.

- Qu'est ce que tu me chantes? Cela se voit comme le nez au milieu de la figure.

- Tu sais Troy, méfie-toi des apparences, elles sont souvent trompeuses. Je t'ai enseigné beaucoup de leçons depuis que nous nous sommes liés d'amitié tous les deux mais celle-ci est sans aucun doute la plus importante de toutes.

- Que veux-tu dire par là? J'ai du mal à te suivre.

- C'est pourtant simple: je pars du principe qu'il vaut mieux être trop prudent que trop naïf. Or, ce que tu contemples au quotidien dans ce collège n'est en réalité que la partie émergée de l'iceberg. Ce que les gens disent tout haut n'est pas toujours le reflet de ce qu'ils pensent véritablement.

- En clair, tu voudrais me faire avaler que ta popularité légendaire est largement usurpée?

- Pas forcément, c'est plus compliqué que cela. Je prétends juste qu'elle est surfaite dans ce sens où elle pourrait partir en fumée du jour au lendemain. Il suffirait qu'un beau gosse richissime débarque dans l'établissement et je suis pratiquement certain que si il avait en tête de vouloir me détruire, il parviendrait facilement à changer les mentalités de beaucoup d'étudiants. Il faut être réaliste, ce sont les clichés qui font vivre un collège: le respect est une notion qui a perdu de son sens de nos jours.

- Mais alors, pourquoi tout le monde te montre autant d'estime dans ce bahut?

- Je n'ai jamais cherché à ce que cela se produise, j'ai simplement eu de la chance. Il se trouve que lors de ma seconde année, on m'a offert l'opportunité de devenir le capitaine de l'équipe de football du collège. Comme je suis passionné par ce sport depuis ma plus tendre enfance, j'ai accepté la place et à partir de ce jour, tout a changé. Aux yeux des autres, j'étais devenu la star de l'établissement.

- Tu es sérieux? J'en reviens pas, c'est un scénario que je n'aurais jamais pu imaginer

- Tu comprends maintenant pourquoi je te dis que tout ceci n'a rien de glorieux? Demain, je partirai et un autre capitaine serra nommé pour me remplacer. Il deviendra la nouvelle coqueluche du collège et on m'aura oublié en un éclair: personne ne me regrettera...

- Si, moi tu me manqueras énormément. Au cas où tu l'aurais oublié, tu es mon frère de coeur.

Adam me sourit m'observant sans dire un mot: il n'avait pas besoin de me répondre car son émotion se lisait sur son visage. Par la suite, il me prit dans ses bras et me tapota le dos: je me retins alors pour ne pas craquer. L'accolade terminée, il me fit un clin d'œil puis nous restâmes muets quelques minutes. Une fois de plus, c'est Adam qui brisa le silence ambiant.

- Avant que nos routes se séparent, je me dois de te raconter une anecdote. Cependant, avant d'aller plus loin, j'avais une question à te poser.

- Je t'écoute frérot.

- Je peux me tromper mais j'ai l'intime conviction que tu n'as jamais osé me demander pourquoi je t'avais apporté mon soutien il y a un peu plus d'un an, est-ce vrai?

- C'est énervant à reconnaître mais tu lis en moi comme dans un livre. Je plaide coupable: j'avoue qu'encore aujourd'hui, je ne pige pas ce qui t'a poussé à intervenir en ma faveur.

- Finalement, c'est un moment idéal pour te dévoiler ce secret. Ce que je ne t'ai jamais raconté, c'est qu'il y a 4 ans, j'effectuais moi-même mes premiers pas dans ce collège. A l'époque, je n'étais qu'une pâle copie du jeune homme que je suis devenu à présent: je portais des lunettes et un rien était capable de m'intimider. Et comme j'étais très doué en cours, mes camarades de classe ont eu vite fait de me considérer comme le pestiféré de service. J'ai subi des humiliations que je ne souhaiterais même pas à mon pire ennemi: lorsque je rentrais chez moi, je m'enfermais dans ma chambre et je pleurais toute la nuit. Je pensais que ce cauchemar allait perdurer éternellement puis un beau matin, alors que des élèves tentaient de m'enfermer dans mon casier, un étudiant m'a porté secours. Ce collégien, je le connaissais bien et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il ne passait jamais inaperçu dans les couloirs de l'établissement. Il s'appelait Lewis et lorsque j'ai débarqué ici, c'était une star qui n'avait pas d'égal au sein de ce bahut. Il a continué de surveiller mes arrières avant de devenir mon mentor. C'est lui qui m'a tout enseigné, je lui dois tout car sans son aide précieuse, qui sait ce que j'aurais pu commettre comme bêtise. Il a fini par tracer sa route mais je me suis juré qu'un jour, je lui rendrai hommage à ma manière. Alors, il y a un peu plus d'un an, quand je t'ai aperçu au milieu de cette cour en train de te faire bombarder de boules de neige, j'ai eu l'impression de revenir dans le passé: je me suis vu à travers toi. A partir de ce moment, tout m'a paru clair comme de l'eau de roche: c'était à mon tour de prendre le relais de Lewis. Je me suis senti investi d'une mission et je suis heureux de l'avoir mené à bon terme.

Son récit me bluffa si bien que je restai sans réaction lorsqu'il eut terminé de le conter. Notre discussion s'acheva alors que le soleil venait tout juste de se lever: Je quittais mon frère de cœur non sans avoir versé quelques larmes. Ce fut la dernière fois que je le vis de mes propres yeux: quelques mois plus tard, il s'évapora dans la nature et je n'entendis plus jamais parler de lui. Encore aujourd'hui, Adam demeure ancré dans un coin de mon esprit pour la simple et bonne raison que je le considère désormais comme mon guide spirituel. " Nous ne sommes jamais aussi heureux que lorsque l'on procure du bien-être à ses proches " avait-il l'habitude de me confier. A présent, cette philosophie est devenue mienne...

L'été passé, j'entamais donc ma troisième année au collège. Comme toujours, je n'étais pas l'élève le plus brillant de ma classe mais je n'avais aucun mal à obtenir de bonnes notes dans toutes les matières. Une certaine routine s'était installée dans mon existence mais je ne m'en plaignais pas: à cette époque, j'étais encore sage et je n'étais pas du genre à m'embarquer dans des aventures rocambolesques. Depuis le départ d'Adam, je n'avais plus personne sur qui m'appuyer mais cela m'était égal: je m'étais constitué un petit groupe d'une dizaine de copains et cela suffisait à mon bonheur. Je m'attendais donc à voir ma vie rimer avec banalité mais un coup de théâtre vint totalement changer la donne. Voulant diversifier les activités sportives au sein de son établissement, le directeur de mon collège lança l'idée de créer une équipe de basket et débuta une campagne promotionnelle dans notre quartier afin qu'un maximum de personnes se mobilisent autour de ce projet. Evidemment, ce concept ne tomba pas dans l'oreille d'un sourd et dès que mon père fut mis au courant de la situation, il proposa aussitôt ses services afin de devenir l'entraîneur de notre formation. Sa candidature fut acceptée et rapidement, il décrocha le poste qu'il convoitait: ce choix était loin d'être surprenant car dans notre quartier, Jack jouissait d'une certaine réputation. En effet, l'équipe universitaire qu'il coachait dans un autre établissement de la ville avait remporté le championnat l'année dernière: son expérience dans le domaine était donc un atout majeur que le directeur n'avait pas souhaité négliger. Bien entendu, mon père organisa des auditions préliminaires au sein de mon collège pour constituer une équipe de base: sans me forcer la main, il m'encouragea afin que je dépose ma candidature. Hésitant, je décidai tout de même de tenter ma chance et je passai finalement le concours avec succès: ma passion pour le sport rentra alors dans une autre dimension.

Au début, j'imaginais qu'il serait amusant d'être membre d'une équipe qui était elle-même entrainée par mon père. Jack m'avait transmis sa passion pour le basket et depuis déjà quelques années, nous avions coutume d'effectuer quelques matchs en un contre un. Nous avions installé un panier au fond de notre jardin et on adorait se tirer la bourre d'autant plus que notre seul objectif était alors de délirer tout en passant du temps ensemble. Pourtant, mes ardeurs furent rapidement refroidis lorsque je réalisai soudainement que le comportement de Jack n'avait plus rien à voir avec celui qu'un père doit adopter avec son fils. Dès que la compétition débuta, elle prit aussitôt le pas sur notre lien: me mettant une pression énorme afin que je sois à la hauteur de ses espérances, Jack me montra une face cachée de sa personnalité que je n'appréciais que moyennement. Dans le fond, je comprenais sa démarche car son seul et unique but était de nous transmettre sa rage de vaincre mais je lui reprochais simplement de ne pas être capable de faire la part des choses. Or, si je pouvais me passer d'un entraîneur, j'avais besoin d'être encouragé par mon père pour avancer dans la vie...
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MessageSujet: Re: Troy M. Bolton: When I want some, I'll take it! Mer 16 Nov - 8:44






4) La plongée en enfer





Durant cette année-là, j'eus quelques accrochages avec Jack mais dans l'ensemble, nos querelles ne furent jamais d'une extrême gravité. Petit à petit, je m'habituais même à rentrer dans son jeu apprenant à haïr la défaite tout en m'imposant comme un pilier de l'équipe. Moins attentif en cours, je choisis de m'investir complètement dans le basket confiant à mon père que mon rêve le plus cher serait alors de jouer au plus haut niveau au milieu des autres stars de la discipline. Conscient de mes capacités, je réalisai également qu'il fallait que je corrige certains détails pour atteindre la plénitude de mes moyens. Si je n'avais pas le pouvoir d'augmenter ma taille, je ne devais pas pour autant me reposer sur mes lauriers: je possédais d'autres défauts que j'allais essayer de transformer en qualités. Ce dont j'étais persuadé, c'est que je manquais cruellement de muscles: j'étais un poids mouche et d'un point de vue purement physique, mes adversaires en imposaient plus que moi. Cette réalité eut le don de me complexer et pour remédier au problème, je décidai de suivre un régime draconien. Dès que j'avais un moment de libre, je profitais de l'occasion pour me rendre au complexe sportif du collège et je mettais les bouchées doubles afin d'obtenir un corps d'athlète: durant cette période, je dus d'ailleurs subir certaines réflexions désobligeantes de ma mère qui craignait pour ma santé. Si les courbatures furent légions, je n'eus pas à regretter mon choix car au bout de quelques mois, mes efforts furent récompensés sur le terrain: je devins un monstre de puissance et rares étaient les adversaires qui osaient alors me défier.

Tout semblait me sourire et je croyais plus que jamais à ma bonne étoile. Mon père m'avait récemment promu capitaine de l'équipe de basket et même si le football restait le sport phare de notre établissement, nos matchs commençaient tout doucement à susciter la curiosité des étudiants. D'ailleurs, mes bonnes performances attirèrent également le regard de séduisantes demoiselles et si jusqu'à présent, je m'étais évertué à les ignorer, je ne me risquais plus à dire que je demeurais insensible à leur charme. Néanmoins, je ne perdais pas le nord et certaines collégiennes avaient beau me convoiter, je repoussais toujours leurs avances sans pour autant ne pas être flatté par leur proposition. L'élève studieux, que j'avais été autrefois, s'était néanmoins largement lâchée. Sans être un fouteur de merde, il m'arrivait de perturber les cours histoire de titiller mes profs mais je veillais tout de même à ne pas pousser le bouchon trop loin. De plus, ils n'avaient aucun moyen de se venger dans le mesure où je fournissais un travail suffisant pour ne pas être attaqué à ce niveau. Difficile de savoir si je traversais ou non ma crise d'adolescence mais il est vrai que je développais alors un côté rebelle: à plusieurs reprises, j'avais d'ailleurs désobéi à mes parents sortant en cachette pour rejoindre la boîte de nuit la plus branchée de notre quartier. Etait-ce un résultat de cause à effet? Toujours est-il qu'à cette époque, ma relation avec mon ange gardien devint presque glaciale. Ma mère craignait que je finisse par filer un mauvais coton et elle tentait tant bien que mal de me raisonner avec toute la douceur habituelle qui la caractérisait. Seulement, chacune de ses tentatives était vouée à l'échec car durant cette période, je n'appréciais guère qu'on critique ma façon de vivre même si cela partait d'un bon sentiment. Je lui répondais souvent sans ménagement puis je filais alors dans ma chambre m'enfermant à clé tout en mettant la musique à fond. Souvent, je regrettais d'avoir été si brutal à son égard mais j'étais bien trop fier pour avouer que j'avais tort. Si j'avais su qu'un drame si terrible allait se produire par la suite, j'aurais sans doute réfléchi à deux fois avant de me montrer si borné...

L'hiver venait à peine de s'achever et la nature revêtait sa plus belle robe. La douceur était également au rendez-vous et j'avais donc décidé d'effectuer une ballade en compagnie de Rex, mon berger allemand. Mon collège était fermé pour la journée car quelques travaux de rénovation devaient y être effectués mais cela n'avait pas eu pour effet de me transporter de joie. Mon père s'était absenté afin d'aller voir un vieil ami et comme il avait accaparé la voiture, il m'était impossible de rejoindre le centre-ville de Chicago. Cela m'avait foutu en rogne et dans un excès de colère, c'est ma mère qui en avait encore pris pour son grade. Comme d'habitude, je désapprouvais ma façon d'agir mais je n'avais eu aucun geste d'affection envers mon ange gardien. D'ailleurs, j'étais sorti de la maison sans lui adresser la parole croisant rapidement son regard sans afficher pour autant un petit sourire qui aurait eu le mérite de la réconforter. Au cours de cette promenade, je profitais alors de ma solitude pour remettre en cause certaines de mes actions. J'avais passé l'essentiel de ces derniers mois à profiter de la vie: sur le fond, ce n'était pas critiquable car il était logique que je m'amuse à mon âge. Néanmoins, j'avais employé des méthodes qui bafouaient les principes qu'Adam m'avait inculqué et avec le recul, je comprenais que moi-même, je ne supportais pas cet adolescent capricieux que j'avais si souvent incarné récemment. Galvanisé par mes succès récents, j'avais sans doute pris la grosse tête sans le vouloir mais il n'était pas trop tard pour corriger le tir.

Achevant cette ballade de meilleure humeur que je ne l'avais débuté, je pénétrai dans la maison avec une idée fixe en tête: prendre ma mère entre quatre yeux afin de lui présenter mes excuses. Je ne pouvais pas le nier: en la blessant, je m'étais conduit comme le pire des crétins et je traînais un poids sur mes épaules en sachant qu'elle avait souffert par ma faute. J'espérais être en mesure de recoller les morceaux mais je ne doutais pas du fait que ma démarche lui irait droit au cœur. Cependant, je fus subitement habité par un sentiment d'angoisse lorsque suite à mes appels répétés, ma mère ne daigna pas me rejoindre dans le salon. Etait-il possible qu'elle me boude? Je ne le croyais pas une seule seconde. Un frisson parcourut mon dos et je ravalais alors ma salive comme si implicitement, j'avais soudainement compris qu'une catastrophe s'était produite en mon absence. Mes craintes se confirmèrent un peu plus lorsque Rex aboya bruyamment. Paralysé par la peur, je demeurais d'abord inerte puis dans un élan de panique, je fonçai dans la cuisine en espérant sauver ce qui pouvait l'être encore. Le spectacle, que je vis alors, m'horrifia au-delà de ce qu'il était possible de supporter: ma mère gisait sur le sol et elle ne bougeait plus. Elle paraissait si paisible qu'elle donnait l'impression de dormir: j'aurais tant aimé que cela soit le cas. Malheureusement, la réalité était toute autre et j'eus beau secouer Lucille avec énergie, elle n'esquissa pas le moindre geste. Totalement dépassé par les événements, je tremblais comme une feuille et j'eus la désagréable sensation de ne plus pouvoir respirer: je m'agenouillais d'ailleurs auprès de mon ange gardien me recroquevillant sur moi-même tout en priant pour que la douleur qui envahissait ma poitrine ne soit que passagère. Après quelques minutes, celle-ci s'estompa et avec l'énergie du désespoir, je me jetai sur le téléphone pour joindre les secours: désemparé, j'étais débordé par mes émotions et je dus m'y reprendre à plusieurs reprises pour indiquer que j'avais besoin d'aide de toute urgence. Une fois l'appel terminé, je fermai les yeux tout en implorant le ciel pour que celui-ci épargne Lucille: sans elle, je craignais de ne plus être que l'ombre de moi-même.

Appuyé contre un mur, j'observais la ronde incessante des médecins de l'hôpital. Voilà à peine dix minutes que nous étions arrivé sur place et évidemment, on ne m'avait pas autorisé à suivre ma mère jusqu'à la salle de réanimation. Je ne pleurais plus mais j'étais sans aucun doute dans un état second: l'attente me semblait interminable mais si j'étais impatient que quelqu'un me donne des nouvelles de mon ange gardien, je redoutais tout aussi bien que ce moment arrive d'un instant à l'autre. Il est vrai que de demeurer dans l'ignorance mettait chaque parcelle de mon corps au supplice mais au moins, je gardais toujours un mince espoir de revoir ma mère en vie. Mais qu'allait-il advenir de ma personne lorsque le couperet finirait par tomber? Plongé dans mes pensées, je sortis de ma torpeur lorsque je perçus la voix de mon père: je lui avais téléphoné dès mon arrivée à l'hôpital lui expliquant la gravité de la situation sans pour autant rentrer dans les détails. Je croyais que son premier réflexe serait de me prendre dans ses bras dans la mesure où j'avais plus que jamais besoin d'une épaule réconfortante sur laquelle m'appuyer mais à ma grande surprise, il n'en fit rien et se contenta de me poser une multitude de questions tout en me jetant un regard noir qui me glaça le sang. Je n'eus guère le temps de répondre à ses interrogations car au même moment, un médecin nous interpella. Au ton qu'il employa, je réalisai tout de suite que mes dernières illusions venaient de s'envoler: ma mère avait rejoint le paradis et le destin m'avait par la même occasion poignardé en plein cœur. Et dire qu'elle s'en était allée sans que je puisse lui confier une toute dernière fois combien je l'aimais...

Les semaines qui suivirent cette tragédie furent sans doute les plus pénibles de ma courte existence. Contre vents et marées, je crus alors que j'allais trouver refuge auprès de mon père afin que celui-ci m'empêche de succomber à cette déprime qui me tendait les bras mais contrairement à ce que j'imaginais, ma descente aux enfers était loin d'être terminée. Incapable de se remettre du décès de Lucille, Jack sombra dans l'alcoolisme dans le seul but de pouvoir y noyer son chagrin. Dans un premier temps, cela n'affecta pas son comportement mais petit à petit, nombre de ses faits et gestes devinrent incohérents. Ayant joué la carte de l'indifférence jusqu'alors, je réalisai qu'il était de mon devoir d'intervenir au plus vite avant qu'une catastrophe ne se produise. Ignorant d'abord mes remarques, mon père finit par commettre l'irréparable: rongé par le remord, il avait pris pour habitude de pester contre la terre entière mais si ce contexte n'avait rien d'alarmant, la situation s'aggrava considérablement lorsqu'il décida de me désigner comme le seul responsable de tous ses malheurs. Dès lors, je fus la cible de toute cette souffrance qu'il tentait d'expulser de son cœur: il me blessa à diverses occasions en criant haut et fort que c'est mon manque de sang-froid qui avait précipité la mort de ma mère. Atterré par tant de méchanceté et totalement détruit psychologiquement, je sentis des idées noires envahir mon esprit: au bord du précipice, je fus souvent à deux doigts d'attenter à mes jours. Je ne dus alors ma survie qu'à mon compagnon le plus fidèle qui m'apportait un soutien de tous les instants. Une nuit, Rex effectua même une intervention décisive usant de sa malice pour réveiller mon père alors que je m'apprêtais à trancher mes veines avec une lame de rasoir. Les semaines s'écoulèrent mais aucune lueur d'espoir ne semblait poindre à l'horizon. Je redoutais de ne jamais apercevoir le bout du tunnel lorsqu'un nouvel événement inattendu fit basculer ma destinée.

Une nuit, alors que j'éprouvais encore une fois toutes les peines du monde à m'endormir, je fus intrigué par un bruit suspect qui semblait provenir du rez-de-chaussée. En temps normal, je m'en serai vite désintéressé dans la mesure où il n'était pas rare que mon père soit encore éveillé à des heures tardives mais dans le cas présent, un détail faisait toute la différence: Rex grognait et chacun de ses sens paraissait en alerte. Accordant ma confiance à mon fidèle compagnon, je dus me rendre à l'évidence: des inconnus avaient pénétré par effraction dans notre maison. Par le passé, mon instinct m'aurait dicté de rejoindre Jack dans sa chambre afin que celui-ci assure ma protection sauf que dans les circonstances actuelles, j'avais toutes les raisons de penser qu'il était bourré: je préférais donc m'occuper seul de cette affaire. Loin de moi l'idée de jouer les héros de service mais ma curiosité légendaire était plus forte que tout: j'avais beau être terrifié, une force invisible me poussait à prendre ce risque inconsidéré. Sans doute qu'à défaut d'être doté d'un courage exemplaire, j'avais au moins le mérite de ne pas me comporter comme la pire des mauviettes. J'aurais très bien pu me cacher sous ma couette pour attendre tranquillement que tout danger soit écarté: personne ne m'en aurait tenu rigueur. Seulement voilà, je n'étais pas du genre à opter pour la solution de facilité, cela allait à l'encontre de ma personnalité.

Dans le feu de l'action, j'étais sorti de ma chambre sans avoir de plan précis en tête. Les rayons de la lune éclairaient la maison me permettant de ne pas être plongé dans le pénombre la plus complète. J'avançais lentement assurant chacun de mes pas pour éviter de faire grincer le plancher: j'essayais d'être aussi léger qu'une plume car la moindre erreur de jugement pouvait m'être fatale. Rex me suivait à la trace ce qui avait au moins le mérite de me rendre plus clairvoyant: en effet, sa présence me sécurisait et je parvenais plus facilement à contrôler ma nervosité. Nous arrivâmes près de l'escalier et j'indiquai à mon fidèle compagnon de s'asseoir. Demeurant aussi discret que possible, je m'appuyai alors contre la balustrade et je me penchai pour jeter un coup d'œil en contrebas: je n'aperçus aucun mouvement suspect ce qui semblait indiquer que les cambrioleurs ne monopolisaient pas le salon. Poussant un large soupir, je sus à cet instant précis que j'étais confronté à un sacré dilemme: je pouvais me montrer raisonnable et faire marche arrière ou bien descendre au rez-de-chaussée afin de neutraliser ces voleurs. Cependant, une chose était certaine: j'avais une décision à prendre et il fallait que je m'y tienne jusqu'au bout. L'espace d'une minute, je fermai alors les yeux serrant dans ma main droite un pendentif qui avait autrefois appartenu à ma mère: elle me l'avait offert pour mes 15 ans et il n'avait dès lors jamais quitté mon cou. Après l'avoir embrassé du bout des lèvres, je pris une profonde inspiration et je décidais de me jeter dans la gueule du loup: les dés étaient jetés.

J'avais descendu les marches avec précaution et miraculeusement, aucune d'entre elles n'avait crissé. Je sentais mon cœur palpiter mais il ne s'agitait pas autant que je l'avais imaginé au départ: à croire que les poussées d'adrénaline me réussissaient plutôt bien. J'évoluais avec assurance mais je voulais à tout prix éviter d'être téméraire. Il n'y avait qu'un pas entre l'audace et l'imprudence: or, il était préférable que je ne le franchisse pas. La porte d'entrée était ouverte et les cambrioleurs s'étaient déjà chargés de dévaster notre salon: généralement, je n'étais pas méchant pour un sou mais savoir que des gens n'avaient éprouvé aucun scrupule à violer notre intimité me foutait littéralement en rogne. J'avais une envie folle de leur botter le cul mais j'étais loin d'être cinglé: je savais que ce n'était pas de mon ressort de jouer les justiciers. J'avais tout à fait le droit de les haïr mais ce n'est pas ma colère qui devait dicter mes actes: cela ne m'aurait mené à rien. En fait, mon objectif était simple: je voulais joindre la police mais pour cela, il me fallait atteindre le téléphone qui se situait près de la cuisine. De plus, avant de les appeler, il me paraissait logique de leur donner quelques précisions sur ces individus: or, pour le moment, j'ignorais moi-même à qui j'avais affaire. Je n'allais pas tarder à rentrer dans la dernière ligne droite et j'avais plus que jamais besoin de rester lucide puisque j'entamais l'étape la plus périlleuse de ma mission: je devais surprendre les voleurs en pleine action sans pour autant attirer leur attention. D'après mes observations, il y avait de fortes probabilités pour qu'ils se trouvent dans la salle à manger. Cependant, je ne pouvais pas m'appuyer sur de simples suppositions: il fallait que je vois tout cela de mes propres yeux.

Ayant réalisé qu'une attaque frontale serait de la pure folie, je décidai d'employer une stratégie beaucoup plus malicieuse, celle-ci consistant à prendre mes opposants à revers. Du coup, je quittai précipitamment la maison puis tout en me déplaçant à pas de velours, je me faufilai jusqu'au jardin me postant juste à côté de la fenêtre qui allait me permettre de lever le voile sur l'identité de mes ennemis. Le risque zéro n'existait pas dans de telles circonstances et la phase la plus délicate de mon plan venait de débuter. J'étais à découvert et si j'avais le malheur d'être repéré, je ne disposais d'aucun moyen de défense: seules mes jambes pourraient alors me sauver la mise. Inexistant jusqu'à présent, le vent se manifesta au travers d'une petite brise: levant les yeux au ciel, j'aperçus également des nuages s'amonceler au dessus de notre demeure. Le temps semblait tourner à l'orage mais j'avais d'autres chats à fouetter que de me préoccuper de la météo. Mordillant ma lèvre inférieure avec insistance, je campais sur mes positions depuis déjà quelques minutes: j'éprouvais soudainement comme une sorte de mauvais pressentiment. Seulement, je refusais de lâcher prise en me sachant si près du but. M'armant de courage, je m'agenouillais donc dans l'herbe puis je me plaçais en dessous de la fenêtre: je jouais désormais à quitte ou double. Lentement mais sûrement, je relevai ma tête essayant de trouver un juste milieu pour être efficace tout en restant discret. La pièce étant plongée dans la pénombre, il m'était cependant difficile de distinguer quoi que ce soit: plusieurs ombres semblaient se déplacer à l'intérieur de la salle à manger mais j'étais incapable de déterminer avec exactitude le nombre de crapules qui dévalisaient notre maison. Ce constat me laissait un goût amer dans la bouche mais il me paraissait désormais insensé de prendre des risques supplémentaires. Ma phase d'observation s'achevait et je n'avais plus qu'à appeler les flics pour leur dresser un état des lieux de la situation: je considérais que la suite des événements n'était plus de mon ressort.

M'infiltrant à nouveau dans notre demeure, je m'emparai du téléphone puis je m'éclipsais sur le perron afin de ne pas éveiller les soupçons. J'eus à peine le temps de composer le numéro de la police qu'un éclair illumina le ciel et celui-ci ne manqua pas de me filer quelques sueurs froides. Mon appel, quand à lui, fut clair et concis: en l'espace de deux minutes, j'avais plié l'affaire et on m'avait confirmé qu'une équipe allait intervenir dans les plus brefs délais. Aussitôt la communication terminée, je posai le combiné à terre remarquant par la même occasion qu'une pluie battante s'était invitée à la fête. Le tonnerre grondait au loin et pourtant, j'avais le sentiment que cette nuit se préparait à tourner en ma faveur: j'aurais difficilement pu imaginer que le pire finirait par se produire.

A vouloir crier victoire trop vite, j'avais soudainement eu un moment d'égarement et cette petite faute d'inattention ne tarda pas à me porter préjudice. Loin d'être en sécurité, j'oubliai malgré tout de me mettre à l'abris: le sort en profita pour me filer le coup de grâce. Brusquement, un homme cagoulé sortit de la maison: j'eus à peine le temps d'effectuer un pas en arrière que l'individu avait déjà braqué son pistolet sur moi. Il me somma de placer mes mains sur ma tête et je lui obéis sans discuter. A la manière dont il se comportait, je sus que ce cambrioleur manquait d'expérience en la matière et cela n'était pas fait pour me rassurer. Je craignais qu'il ne perde les pédales dans la mesure où sa nervosité était flagrante: je la lisais dans ses yeux. Ses complices le rejoignirent alors et l'un d'eux sembla fortement s'amuser de la situation puisqu'il ricana en constatant que son coéquipier tremblait comme une feuille. Ils formaient donc un trio et je n'avais aucun mal à deviner qui était le chef du groupe: il se dégageait de lui un tel sang-froid qu'il en devenait littéralement flippant. D'ailleurs, il retira l'arme de la main de son partenaire en ne manquant pas de le traiter de mauviette histoire de marquer un peu plus son territoire. De mon côté, je n'avais d'autres choix que de subir les événements mais en toute franchise, je pensais que les cambrioleurs allaient s'empresser de prendre la poudre d'escampette: la réalité fut bien différente.

Non content d'avoir humilié l'un de ses deux acolytes, le jeune homme veilla à ne pas s'arrêter en si bon chemin. Visiblement, il avait désormais dans l'idée d'étudier mon cas d'un peu plus près et le regard qu'il me lança à cet instant précis en disait long sur le sadisme du personnage. Je n'avais aucunement besoin de m'improviser psy pour comprendre qu'il aimait se nourrir de la peur des autres: son sourire railleur trahissait ses pensées. Sûr de la domination qu'il exerçait à mon encontre, il tenta d'entamer un dialogue en ma compagnie me posant des questions provocantes auxquelles je n'apportais évidemment aucune réponse: son seul et unique objectif était alors de m'opprimer. Ses compères essayèrent tant bien que mal de lui faire entendre raison mais il se chargea de les recadrer rapidement. Il poursuivit donc son monologue et pointa parfois son pistolet droit sur ma tempe tout en ajoutant qu'il avait la gâchette facile: intérieurement, je le maudissais car je n'acceptais pas qu'on puisse être aussi cruel. Ce jeu pour le moins perfide semblait parti pour perdurer lorsqu'au même moment, les sirènes de police commencèrent à résonner au loin. Un vent de panique souffla alors sur les cambrioleurs et deux d'entre eux ne se firent pas prier pour mettre les voiles: seul le chef du groupe décida de ne pas battre en retraite.

D'ailleurs, sa réaction ne me surprit guère: cet individu possédait un caractère prononcé et il ne devait pas être du genre à apprécier qu'on lui marche sur les pieds. Or, même si je ne supportais pas sa mentalité, je ne doutais pas de son intelligence: en d'autres termes, il avait sûrement deviné que j'étais celui qui avait alerté les flics. Pour preuve, l'expression de son visage avait totalement changé en une fraction de seconde: son sourire enjoué s'était éclipsé pour laisser sa place à un regard sombre qui ne manqua pas de me faire tressaillir. Puis soudainement, toute cette colère qu'il paraissait retenir en lui, s'exprima au travers d'un acte aussi prompt que violent: empoignant fermement son pistolet, il me tira dessus. Dans le feu de l'action, je n'avais pas eu le temps d'être envahi par un sentiment de terreur puisque la balle avait transpercé mon corps avant même que je comprenne les intentions du jeune homme: il faut dire que selon toute vraisemblance, ce ne sont pas les remords qui risquaient de l'étouffer. L'impact fut rude si bien que je me retrouvai rapidement à terre exprimant ma douleur à travers un hurlement qui était à la hauteur de la souffrance que j'éprouvais. Machinalement, je posais mes mains au niveau de mon ventre: elles étaient maculées de sang. Cela pouvait sembler étrange mais dans un sens, j'étais soulagé d'avoir atrocement mal: au moins, je savais que je n'étais pas en danger de mort. Allongé sur le côté, j'eus cependant toutes les peines du monde à me retourner sur le dos: j'avais la désagréable impression d'être à bout de force. Je n'étais pas loin de perdre le contact avec la réalité lorsqu'un ricanement me fit grincer des dents. Je rassemblais alors le peu d'énergie qui me restait et je relevais légèrement la tête: le cambrioleur était toujours présent. Il se comportait de la même manière qu'un prédateur se préparant à achever sa proie: il se délectait de ce spectacle qui lui procurait un plaisir incommensurable. En toute sincérité, je ne donnais pas cher de ma peau: il estimait que j'avais empiété sur ses plates-bandes et comme j'étais témoin de ses frasques, il valait mieux pour lui que je ne sois plus de ce monde. J'aurais préféré avoir tort mais mes craintes se confirmèrent quand il vint à ma hauteur. Il me fixa droit dans les yeux croyant sûrement qu'il allait m'intimider mais je mis alors un point d'honneur à lui tenir tête. Visiblement vexé, il m'insulta puis sortit son revolver: la boucle était bouclée.

Comme je l'avais imaginé, un coup de feu retentit mais manifestement, le destin avait abattu sa dernière carte pour me sauver la mise car à l'instant précis où je rouvris les yeux, je réalisai que j'évoluais toujours dans le même contexte. Que s'était-il donc passé? Ma vision était trouble et j'avais un mal fou à respirer correctement mais cela ne m'empêchait pas d'avoir l'ouïe fine. Or, tout semblait s'agiter autour de moi et cela avait le don de m'angoisser dans la mesure où je naviguais dans l'incompréhension la plus totale. Mon état de santé s'était grandement détérioré mais je n'avais aucunement l'intention de lâcher prise. Un miracle s'était sans doute produit mais si j'étais encore en vie, c'est surtout parce qu'une personne s'était sacrifiée pour ne pas que je quitte ce monde dans l'immédiat: je lui devais donc beaucoup. Atteint physiquement, je savais pertinemment qu'il était inutile que j'essaye de tenir debout sur mes deux jambes mais il en fallait plus pour m'arrêter. M'appuyant sur mon mental, je fis abstraction de ma souffrance pour dépasser mes propres limites: je me mis à ramper en direction du jardin me retrouvant alors perdu au beau milieu d'une pluie battante. Je fus trempé en l'espace d'un instant mais j'appréciai le contact de l'eau sur ma peau: cela avait au moins le mérite de rendre ma blessure moins pénible à supporter. Des cris se mêlaient à des grognements mais je ne voulais pas tirer de conclusions trop hâtives: je craignais d'avoir perdu le sens des réalités et d'être parti dans mon propre délire. Pourtant, après avoir parcouru quelques dizaines de mètres, je compris que je n'avais pas divagué le moins du monde. En effet, je fus soudainement témoin d'une scène qui me figea sur place: devant moi, se tenait la crapule qui avait voulu attenter à ma vie. Néanmoins, contrairement à tout à l'heure, celui-ci n'était plus en position de force et il n'avait surtout plus les moyens de se la Peter. Enervé à l'extrême, il se débattait comme un beau diable pour échapper à Rex, mon fidèle compagnon. Dès lors, tout finit par s'éclaircir dans mon esprit: je n'avais pas besoin de chercher midi à quatorze heures pour comprendre ce qui s'était produit. Ce n'est nul autre que mon chien qui était intervenu en ma faveur: il était peut-être très affectueux mais il avait tendance à réagir au quart de tour si l'on tentait de me faire du mal.

A mes yeux, Rex était héroïque mais la situation me terrifiait parce que j'étais conscient du danger qu'il encourait. Je tentai alors de le rappeler à l'ordre mais mes efforts demeurèrent vains: ma voix ne portait plus. Cantonné au rôle de spectateur, j'assistais impuissant à cette lutte et je redoutais qu'elle me réserve un final des plus horrifiants. Malheureusement pour moi, le scénario catastrophe ne tarda pas à se mettre en route: l'espace d'un court instant, le cambrioleur parvint à se défaire de l'emprise que mon fidèle compagnon exerçait sur lui et sa riposte eut pour effet de clore les débats. Malgré sa rapidité, Rex s'était montré un poil trop lent pour neutraliser son adversaire et cela lui avait coûté la vie: alors qu'il allait sauter sur cette brute, il avait reçu une balle en pleine tête qui l'avait sans doute tuée sur le coup. Encore aujourd'hui, chaque parcelle de mon être frémit dès que je repense à ce coup de feu...

Durant les secondes qui suivirent, je ne pus détacher mon attention de mon chien: j'aurais souhaité qu'il en soit autrement mais le choc émotionnel avait été tel que j'en avais perdu tous mes moyens. D'ailleurs, cette image atroce fut l'une des dernières que je réussis à rattacher à cette nuit cauchemardesque puisque mon âme sembla brusquement se détacher de mon corps et j'eus ainsi l'impression de plonger dans un trou noir. Cependant, je ne demeurai pas dans les ténèbres bien longtemps dans la mesure où une lumière étincelante vint à ma rescousse: c'est alors que je vécus l'expérience la plus troublante de toute mon existence. Pour autant, il m'est impossible de vous la décrire en détails: c'est un secret que j'ai choisi de garder soigneusement au fond de mon cœur. Un jour arrivera où je ferai en sorte de lever le mystère sur cette histoire mais l'heure n'est pas encore venue.

Toujours est-il qu'à la suite de cet épisode malheureux, mon état de santé suscita de nombreuses inquiétudes au sein de l'équipe médicale si bien que mon pronostic vital resta même engagé durant au moins une semaine. Pris en charge par le meilleur hôpital de la ville, je subis deux opérations délicates avant d'être placé en soins intensifs. Plongé dans un coma profond, j'empruntai alors le chemin de la guérison me retrouvant sur la pente ascendante: ayant frôle la mort, la prudence était de rigueur malgré mon net regain de forme. Lorsque je fus de retour parmi les vivants, j'eus rapidement le droit à une surprise de taille...

Sorti vainqueur de cette lutte fratricide qui m'opposait à la mort, je rouvris mes paupières pesantes à la veille de mon quinzième anniversaire alors que le soleil inondait ma chambre de ses premiers rayons. J'étais allongé sur mon lit depuis une éternité et pourtant, je sentais déjà que chaque geste allait m'obliger à fournir un effort surhumain: un coma n'était pas le genre de sommeil qui avait le mérite de vous réussir. Je n'avais pas bougé d'un cil et mes yeux paraissaient trop fatigués pour m'aider à y voir plus clair mais dès mon réveil, j'avais perçu une voix familière à laquelle j'avais tout fait pour me raccrocher. On s'agitait autour de moi mais je gardais mon calme car cette personne était là pour me soutenir: tout en me parlant, elle tenait tendrement ma main et cette simple marque d'affection suffisait à mon bonheur. Au cours de ces derniers mois, j'avais désespérément essayé d'obtenir le soutien d'un seul homme mais j'avais eu beau sollicité sa bienveillance, il n'avait fait qu'accroître mon mal-être et aussi incroyable que cela puisse sembler, il avait fallu que ma vie soit en danger pour qu'il vienne à ma rescousse: au moins, pouvais-je retirer un point positif de ce cambriolage qui avait viré au drame. A partir de cet instant, mon père fut d'une aide inestimable: j'eus la sensation de le retrouver comme à ses plus belles heures. Contraint de m'astreindre à une lourde rééducation, j'entamai une rude bataille afin de récupérer l'intégralité de mes moyens et sa force de caractère me permit souvent de supporter la douleur. Effectuant un entraînement d'une intensité redoutable, j'appris alors à me lever chaque matin en sachant qu'un nouveau défi m'attendrait au tournant: parfois proche de la rupture, je fis en sorte de ne jamais lâcher prise. Présent à mes côtés, Jack ne se contenta pas de suivre mes progrès jour après jour, il m'encouragea et s'improvisa même psychiatre lorsque mon mental devenait défaillant. Physiquement atteint, je vis mon supplice s'achever au bout de quelques semaines de labeur: ayant finalement rempli l'objectif que les médecins m'avaient fixé, la victoire fut d'autant plus belle à savourer. Traverser cette épreuve au combien pénible m'avait mis sur les rotules mais je ne m'en plaignais pas: avec le recul, j'avais conscience d'être un miraculé. Je m'estimais heureux de ne pas avoir succombé à mes blessures mais l'important se trouvait ailleurs: Jack me considérait à nouveau comme son fils et à mes yeux, c'était le cadeau le plus magnifique que le ciel pouvait m'accorder...

Je quittais finalement l'hôpital au milieu de l'été après avoir subi d'ultimes tests qui s'étaient révélés concluants. J'aurais voulu en profiter pour laisser derrière moi certains souvenirs encombrants mais mes espoirs furent vite douchés. J'étais convaincu d'être en mesure de fuir mon passé mais toutes mes certitudes volèrent en éclats dès lors que je rejoignis mon domicile. Loin de moi l'idée de critiquer le quartier dans lequel j'avais grandi: il était peut être situé en retrait de la ville mais il possédait les avantages de ses inconvénients. D'ailleurs, rien n'avait changé durant mon absence à la différence près que de mon côté, je ne le regardais plus avec mes yeux d'enfant et cela changeait considérablement la donne. Mon retour ne tarda donc pas à prendre des allures cauchemardesques...

Hantés par des images sinistres et insoutenables, je fus rapidement sujet à des insomnies. Des angoisses nocturnes pour le moins tenaces rythmèrent mon quotidien si bien que mon père décida de me ramener à l'hôpital. Mon cas suscita de nombreuses interrogations chez les médecins mais plutôt que de me bourrer de médicaments, ils jugèrent qu'il était préférable que je consulte un psychologue dans les plus brefs délais. D'abord réfractaire à cette idée, je dus revoir mes prétentions à la baisse lorsque mon manque flagrant de sommeil commença à déteindre sur ma personnalité: devenu facilement irritable, je choisis d'agir avant que le contrôle de la situation ne m'échappe totalement. Le traitement se montra si efficace que ma première séance eut tout de suite l'effet escompté. M'étant octroyé le monopole de la conversation, le psychothérapeute n'eut aucun mal à comprendre d'où provenaient mes troubles. Si en apparence, je n'avais gardé aucune séquelle à la suite de l'agression dont j'avais été victime, il suffisait de creuser en profondeur pour constater l'étendue des dégâts. Intérieurement, j'étais un jeune homme meurtri: mon cœur saignait abondamment pour la simple et bonne raison qu'il laissait transparaître des plaies qui étaient condamnées à ne jamais se refermer. Mon erreur avait été de croire le contraire et mon subconscient avait agi en conséquence. Jusqu'à présent, j'avais employé une stratégie défensive en faisant mine d'ignorer ces blessures mais j'avais mené ce combat à son terme en essuyant une lourde défaite. Désormais, je n'avais plus l'intention de me voiler la face car à défaut de posséder un remède miracle pour guérir, je ne voulais plus que les cicatrices de mon passé perturbent le cours de mon existence: je devais apprendre à vivre avec.

L'une de mes premières résolutions fut donc d'aborder un sujet délicat en compagnie de mon père. Après être sorti du coma, j'avais volontairement évité de mettre cette histoire sur la table de peur qu'elle ne me plombe totalement le moral mais il fallait reconnaître que de me réfugier dans l'ignorance ne m'avait pas été d'un grand secours. Un après-midi, alors que l'on se promenait dans le parc, je demandai à Jack d'éclairer ma lanterne: je souhaitais qu'il comble ce trou noir qui s'était formé dans mon esprit lors de cette nuit effroyable où Rex s'était éteint. Ma question le surprit au plus haut point mais si il hésita longuement avant de me confier la vérité, il ne chercha pas à se défiler au moment d'assumer ses responsabilités. A l'intonation de sa voix, je réalisai alors combien il avait lui-même souffert de cette situation...

Pendant une demi-heure, il m'expliqua calmement le déroulement de cette soirée qui lui avait semblé interminable. Sous l'emprise de l'alcool, il s'était réveillé avec la gueule de bois et un terrible mal de crâne. Alerté par l'agitation qui régnait autour de la maison, il avait pourtant songé à se rendormir lorsqu'une détonation avait soudainement retenti. Se précipitant hors de la maison, son regard s'était immédiatement arrêté sur le visage d'un homme qui se tenait devant lui: encore aujourd'hui, il se rappelait du sourire mesquin qu'il lui avait lancé avant de prendre la fuite. Quelques secondes plus tard, la police avait débarqué tandis que de son côté, mon père venait à peine de réaliser la gravité de la situation. Au milieu du jardin, Rex gisait au milieu d'une marre de sang mais il était trop tard pour tenter quoi que ce soit pour le sauver. Je me trouvai à quelques mètres de mon fidèle compagnon: j'étais alors inconscient mais mon cœur continuait de battre. L'émotion atteignit son paroxysme quand Jack me fit partager son désarroi: cette nuit-là, il avait cru me perdre pour toujours. Il me raconta également le calvaire qu'il avait vécu les jours suivants: durant une semaine, les médecins lui avaient sans cesse répété qu'ils ne pouvaient pas se prononcer sur mon état de santé car il était trop tôt pour savoir si j'avais une chance de m'en tirer. Pour mon père, ce fut une période de souffrance extrême d'autant plus qu'il eut alors l'impression que c'était le ciel qui avait cherché à le punir. C'est à cet instant précis qu'il avait compris à quel point il était tombé bas suite au décès de sa femme. Il avait manqué à tous ses devoirs si bien qu'il fut vite envahi par un sentiment de culpabilité. Loin d'être un adepte de la religion, il m'avoua alors qu'il s'était rendu plusieurs fois à l'église pour prier. Coïncidence ou non, les médecins confièrent à Jack que mes jours n'étaient plus en danger peu de temps après son passage à l'acte.

Son récit achevé, je fus incapable de prononcer le moindre mot: il faut dire que j'avais de quoi être estomaqué. Jusqu'ici, je n'avais jamais imaginé que mon cas avait suscité autant d'interrogations et dans un sens, cela me glaçait le sang d'apprendre que mon coma avait duré près d'un mois. Malgré tout, je ne regrettais pas d'avoir tous ces éléments en ma possession d'autant plus que désormais, je voulais me tourner vers l'avenir. Je n'eus donc aucun mal à digérer la pilule mais mon enthousiasme fut vite refroidi. Alors que je souhaitais aller de l'avant, un obstacle pour le moins coriace se dressa sur mon chemin...

Comme tous les matins, je prenais le petit-déjeuner en compagnie de mon père lorsque le téléphone sonna subitement. Je n'aurais pas dû m'en inquiéter outre mesure et pourtant, mon intuition semblait déjà m'indiquer que tout ceci ne sentait pas très bon. Mes doutes ne tardèrent pas à se renforcer quand Jack me confia que la police désirait me parler. J'appréhendais la conversation à venir et il fallut que je m'arme de courage pour empoigner le combiné que mon père me tendait. La voix tremblotante, je répondis à diverses questions que le flic me posa puis celui-ci finit par rentrer dans le vif du sujet. Suite au cambriolage dont nous avions été victimes, une enquêté avait été ouverte par les autorités locales. Jusqu'à présent, les recherches n'avaient débouché sur aucune piste concrète mais hier soir, une brigade d'intervention avait visiblement mis la main sur un homme dont le profil correspondait à la description de l'auteur présumé du vol. En apparence, c'était une nouvelle dont je pouvais me réjouir mais j'eus tout de suite la conviction que cette information ressemblait fort à un cadeau empoisonné. Une fois de plus, mon flair ne m'avait pas trompé: en effet, à la suite de cette annonce, le policier me convia à rejoindre le commissariat afin que l'on procède à une identification. J'hésitai longuement avant de répondre favorablement à leur convocation mais je n'eus pas le courage de la repousser. Ainsi donc, mon passé me sautait une nouvelle fois à la gorge...

Avais-je les nerfs assez solides pour faire face à mon agresseur? J'étais le premier à en douter. Seulement voilà, le lieutenant chargé de l'affaire évita de tourner autour du pot et le premier discours qu'il me tint, fut sans équivoque: j'étais la pièce maîtresse de leur enquête. Sa franchise aurait pu me refroidir mais j'aimais les gens qui ne pratiquaient pas la langue de bois. Considéré comme un témoin-clé, je ne me voyais pas la jouer petits bras même si c'est bien la peur qui prédominait en moi. Rapidement, je donnai mon accord pour effectuer ma part du boulot en espérant ne pas faillir à ma tâche. Fan des séries policières, je savais à quoi m'attendre et la suite du programme ne me surprit donc en aucune façon. Après avoir pris en compte ma déposition, on me plaça dans une pièce assez sombre dans laquelle se trouvait un miroir semi-réfléchissant. De l'autre côté de cette glace, six hommes se tenaient sur la même ligne et chacun portait un numéro. Le lieutenant était présent pour me rassurer: néanmoins, je ne dégageais pas une grande sérénité. L'atmosphère était pesante et j'éprouvais toutes les peines du monde à me concentrer. Bien entendu, j'étais en sécurité puisque le miroir en question était spécialement étudiée pour qu'une victime désigne son agresseur sans que celui-ci ne puisse l'apercevoir mais d'autres paramètres demeuraient complexes à gérer. Cet homme me terrifiait et tout en l'observant, des images de cette effroyable nuit défilaient dans mon esprit. Tétanisé par l'angoisse, je crus perdre la boule puis je profitai d'un bref moment de lucidité pour désigner le coupable avant de quitter la pièce précipitamment. La confrontation avait été plus exigeante que je l'avais d'abord pensé: tremblant de la tête aux pieds, je dus m'isoler quelques minutes pour contrôler mes émotions. Plongé dans ma bulle, c'est le lieutenant qui vint à ma rencontre pour s'assurer que je me portais bien: il en profita pour me confirmer qu'il avait recueilli assez d'éléments à charge pour inculper mon assaillant. J'en fus d'autant plus heureux qu'il me remercia chaleureusement ce qui ne manqua pas de me toucher. S'appuyant sur son expérience, il me fit néanmoins comprendre que le temps des réjouissances n'était pas encore d'actualité: tôt ou tard, le procès de mon agresseur allait se dérouler et je devais y tenir un rôle prépondérant. J'avais gravi le Mont-Blanc mais c'est désormais l'Himalaya qui m'attendait au tournant...

Laissant la justice suivre son cours, j'essayai de me détendre avec les moyens du bord mais l'attente me parut interminable. Je n'avais pas la prétention de dire que j'étais un expert en la matière mais il est vrai que j'avais déjà défini mon plan d'attaque pour contrer l'avocat de la défense. Passer maître dans l'art de la déstabilisation, je savais que le magistrat ne m'épargnerait rien et que son but ultime consisterait à me pousser à bout: je m'y étais préparé. Dans un sens, c'était une tactique intelligente même si elle demeurait méprisable aux yeux de certains. En ce qui me concerne, je ne souhaitais pas le juger pour si peu: après tout, il ne faisait qu'exercer son métier. Ce dont j'étais persuadé en revanche, c'est que je préférais mourir plutôt que de le voir triompher. Je m'appuyais d'ailleurs sur cette motivation supplémentaire pour me construire une carapace indestructible.

Finalement, le procès débuta moins d'une semaine après l'arrestation de mon agresseur. J'étais très tendu mais je pouvais compter sur le soutien indéfectible de mon père qui avait pris place dans la salle. Le prévenu était installé sur ma gauche et à de nombreuses reprises, je sentis son regard se poser sur moi: j'évitais alors de rentrer dans son jeu car je savais que l'issue de celui-ci pourrait m'être défavorable. Particulièrement anxieux, j'eus cependant le droit à une surprise de taille: en me retournant, je pus en effet apercevoir le lieutenant de police du commissariat local. D'un simple clin d'œil, il parvint d'ailleurs à me dérider quelque peu. En affichant un état d'esprit conquérant, j'étais capable de renverser des montagnes: c'était le moment ou jamais de le démontrer...

D'abord spectateur des débats, je réalisai rapidement que les deux parties étaient à couteaux tirés. Evidemment, chacun s'évertua à camper sur ses positions: la défense et l'accusation se renvoyèrent donc la balle à tour de rôle. Par la suite, toutes les pièces du dossier furent présentées au jury: c'est à cet instant précis que le procureur planta une première banderille. S'appuyant sur des arguments irréfutables, il titilla le prévenu afin de l'atteindre psychologiquement. Différentes personnes se succédèrent alors à la barre mais leurs déclarations ne permirent pas d'éclaircir la situation: par la même occasion, je compris pourquoi ma déposition avait semblé si importante aux yeux du lieutenant. D'ailleurs, l'heure de vérité sonna brusquement lorsque le procureur m'invita à témoigner: en une fraction de seconde, mon cœur se mit à battre la chamade. Les questions s'enchainèrent à une vitesse vertigineuse et j'y répondis avec le plus de justesse possible: doucement mais sûrement, les pièces du puzzle s'assemblèrent et je fis en sorte de n'oublier aucun détail de cette nuit macabre. Détendu et posé, je terminai mon récit en essuyant mes yeux qui étaient emplis de larmes: désormais, j'avais intérêt à me retrousser les manches pour ne pas craquer. Le coup de sifflet final approchait à grands pas mais allais-je me montrer impérial en repoussant les dernières offensives adverses?

J'entamai l'ultime ligne droite mais sans aucun doute la partie la plus difficile du procès. En effet, la parole était maintenant à l'avocat de la défense et pour sauver son client, celui-ci était condamné à me traîner dans la boue: ayant le champ libre pour m'interroger, je craignais qu'il n'abuse de son pouvoir. Après avoir balancé quelques politesses d'usage, il sortit aussitôt l'artillerie lourde et je dus me cramponner pour ne pas exploser en plein vol. Non content de me comparer à un déséquilibré mental, il se permit également de critiquer mon père affirmant qu'il était le seul responsable de mes malheurs. L'impact fut rude à encaisser mais à l'image d'un bon navigateur, je parvins à maintenir le cap même au plus gros de la tempête. En panne d'inspiration, l'avocat s'avoua vaincu et finit par baisser pavillon: une victoire se dessinait à l'horizon.

A la fin des débats, l'accusation et la défense firent un discours de conclusion puis le jury populaire s'enferma à huit clos pour se concerter. Etant autorisé à quitter la salle, je décidai de m'éloigner de mon agresseur histoire de faire un break. Se sachant pris au piège, il était sans doute animé d'une haine viscérale contre les témoins à charge et quitte à passer pour un froussard, je me sentais tout de même plus en sécurité en me trouvant hors de sa ligne de mire: mieux valait prévenir que guérir. Deux heures s'écoulèrent puis je fus convié à regagner ma place: un silence de mort régnait dans la pièce et la tension était palpable sur chaque visage. Le juge demanda alors aux deux parties de se lever puis il se tourna vers le jury populaire et leur indiqua de rendre leurs conclusions: mes jambes étaient engourdies et pour éviter de chanceler, je joignis ma main à celle de mon père. Finalement, le couperet tomba et celui-ci fut sans appel: le prévenu fut reconnu coupable de tous les chefs d'accusation qui pesaient contre lui. A l'annonce du verdict, je crus m'évanouir mais je tombai alors dans les bras de mon père avant de pleurer à chaudes larmes: j'avais souvent sangloté depuis la mort de ma mère mais aujourd'hui, si je chialais, c'est parce que j'étais heureux et soulagé que la roue ait enfin tourné en ma faveur. Très vite, le lieutenant de police vint partager notre bonheur tandis qu'on emmenait mon agresseur hors de la salle. Tout semblait se terminer dans le calme lorsque brusquement le prévenu sortit de ses gonds: hurlant sa colère, il fallut pas moins de trois hommes pour le contrôler. Je voulus l'ignorer mais il m'interpella puis m'insulta avec véhémence. L'espace d'un court instant, nos regards se croisèrent et il fit alors un geste qui me glaça le sang: après m'avoir pointé du doigt, il glissa son pouce le long de son cou faisant comme si il désirait me trancher la gorge.

- Un jour ou l'autre, je me vengerai Troy. Je jure que j'aurai ta peau...

Ce fut la dernière phrase qu'il prononça avant de disparaître définitivement de mon champ de vision: encore aujourd'hui, elle résonne dans mon esprit comme un avertissement que je ne prends pas à la légère. Et pour cause...

Le procès achevé, je n'eus pas vraiment le temps de me reposer sur mes lauriers. En effet, je devais déjà préparer ma rentrée et avec le retard que j'avais accumulé au cours de ces derniers mois, j'avais véritablement du pain sur la planche. En règle générale, personne n'aimait reprendre le chemin des cours mais en ce qui me concerne, j'avais hâte de redevenir un étudiant comme tous les autres: j'aspirais simplement à vivre loin des tracas. L'incarcération de mon agresseur m'avait offert une bouffée d'oxygène et cela s'était répercuté sur mon moral. Au quotidien, je n'avais plus besoin de me forcer pour rire et j'éprouvais à nouveau un plaisir intense en jouant au basket: je m'entraînais d'ailleurs comme un damné afin de retrouver mon lustre d'antan. Il m'était alors difficile d'imaginer que mon bonheur ne serait qu'éphémère...

Un matin, le chien du voisin me réveilla mettant par la même occasion un terme au merveilleux rêve dans lequel j'étais plongé. Ce cabot avait la fâcheuse habitude d'aboyer comme un malade dès que le marchand de journaux effectuait sa tournée à vélo. J'eus beau l'engueuler, il ne daigna même pas me regarder si bien que je crus un instant que j'allais le tuer. Constatant que je n'étais pas fatigué, je décidai donc de remplir mon ventre qui commençait à gargouiller. Je pris garde de ne pas faire trop de bruit puis je descendis en direction de la cuisine histoire de préparer mon petit-déjeuner. Le temps que tout soit prêt, je me servis un café puis je sortis de la maison pour récupérer le journal qui traînait sur le perron. Je le parcourrai dans les grandes lignes quand soudainement, le titre d'un article me sauta aux yeux:

" Glenn Jacobs s'est échappé de prison "

Devenu livide en un éclair, je lâchai ma tasse qui se brisa à mes pieds. D'abord incapable d'activer le mouvement, je me précipitai ensuite dans la chambre de mon père pour l'alerter sur la gravité de la situation. Après s'être concertés, nous décidâmes d'agir en conséquence: dans l'absolu, seule la police pouvait nous protéger. Jack se chargea de les appeler tandis que de mon côté, j'étais rapidement gagné par l'abattement: le cauchemar reprenait de plus belle...

Dès le lendemain, des patrouilles se relayèrent pour faire le guet devant mon domicile. Afin de veiller à ma sécurité, on m'interdit d'effectuer le moindre pas en dehors de la maison: si je souhaitais me dégourdir les jambes, des flics me suivaient alors à la trace. En clair, j'eus aussitôt la sensation de ressembler à ces stars qui se promènent sans arrêt avec leurs gardes du corps: s'en était pathétique. Dire que je fus contraint de m'asseoir sur mon intimité est un euphémisme: ma vie privée fut carrément reléguée au second plan. Malgré cela, je continuais pourtant d'évoluer dans un climat de terreur car la police avait beau donner son maximum, je ne me voilais pas la face. Pour l'avoir vu à l'œuvre, je savais que Glenn possédait plus d'un tour dans son sac et si il désirait tant ma mort, j'étais persuadé qu'il l'obtiendrait à n'importe quel prix. Guettant le moindre bruit suspect, restant sur mon lit sans fermer l'œil de la nuit, j'eus rapidement l'impression d'agoniser: je hissai donc le drapeau blanc. Un soir, j'ouvrai mon cœur à mon père lui expliquant que je ne pouvais pas en supporter davantage: j'avais besoin de tout plaquer pour redémarrer ma vie à zéro. Jack m'avoua à demi-mot qu'il partageait mon opinion et il me fit alors une révélation au combien surprenante: quelques semaines plus tôt, le directeur d'un établissement l'avait contacté pour lui offrir un poste d'entraîneur mais il n'avait pas donné suite à cette proposition. Ayant éveillé ma curiosité, je lui demandai de me fournir d’autres informations à ce sujet: j'avais envie de creuser cette piste. Notre conversation se poursuivit ainsi jusqu'aux alentours de minuit, heure à laquelle nous arrêtâmes notre décision. Désormais, ce n'était plus qu'une question de temps avant que nous quittions définitivement Chicago...

5) Premiers pas à Albuquerque: début d'une nouvelle ère





- Tu es prêt à partir Troy?

- Accorde-moi juste deux minutes et après nous pourrons prendre la route.

Armé d'une lampe électrique, je rejoignis l'arrière de la maison: c'est dans ce coin de notre jardin que mon père avait enterré Rex, mon fidèle compagnon. A mes yeux, il me semblait naturel de me recueillir sur sa tombe une toute dernière fois. C'est donc le cœur lourd que je m'agenouillais devant sa sépulture afin d'y déposer son jouet préféré: une peluche qui ornait ma table de chevet depuis qu'il avait disparu. A cet instant précis, je n'aurais su dire quel sentiment prédominait en moi mais si des émotions négatives pouvaient polluer mon esprit, je ne doutais pas d'avoir entrepris la bonne démarche en choisissant de m'en aller sous d'autres cieux. D'ailleurs, je n'avais pas eu le loisir de trop cogiter au cours de cette dernière semaine dans la mesure où le temps avait défilé à une allure folle à cause du déménagement. Mon père et moi-même avions exploré la maison de fond en comble afin de ne rien laisser au hasard et cela nous avait réservés quelques surprises en particulier lorsque l'on s'était attaqué au nettoyage du grenier. Durant un après-midi entier, nous avions observé des photos de famille que l'on avait découvert au fond d'un carton: au milieu de ce désordre, ce moment de détente placé sous le signe de la nostalgie nous avait permis de tenir la distance. Dans l'absolu, je préférais éviter de trop me raccrocher au passé et c'est pour cette raison qu'en vidant ma chambre, j'avais choisi de ne pas conserver certains objets chargés de souvenirs. Mon but n'était pas d'effacer quinze ans de ma vie en un simple claquement de doigts mais il fallait que je me détache de Chicago: or, pour y parvenir, j'avais consenti à faire quelques sacrifices. Raisonnable mais certainement pas insensible, j'avais cependant refusé de me séparer du médaillon que ma mère m'avait offert: je n'imaginais pas une seule seconde qu'il puisse se retrouver loin de mon cœur. Doucement mais sûrement, je me rendais compte de tout ce que j'allais laisser derrière moi: cela ne me filait pas le bourdon mais il est clair que tôt ou tard, je ne manquerais pas d'en avoir gros sur la patate. N'ayant bénéficié d'aucun répit, mon père et moi-même étions pas mal entamés physiquement. Néanmoins, on s'était mis d'accord pour ne pas retarder notre départ: nous l'avions d'ailleurs programmé en pleine nuit afin de ne pas être sous le feu des projecteurs. On possédait quelques amis dans le voisinage mais d'autres personnes avaient la langue bien pendu: dans ces conditions, on préférait donc partir comme des voleurs afin d'avoir l'esprit plus tranquille. Si il ne bénéficiait d'aucun indice pour se lancer à notre poursuite, Glenn Jacobs n'avait aucune chance de savoir que l'on habiterait désormais à Albuquerque...

Deux heures s'étaient déjà écoulées lorsque nous fîmes une première escale dans une station-service. Le voyage jusqu'au Nouveau-Mexique promettait d'être long mais c'est moi-même qui avait insisté pour qu'on l'effectue en voiture plutôt qu'en avion. J'avais souvent entendu parler de la mythique route 66 et j'avais toujours rêver de la parcourir: l'occasion m'avait paru trop belle pour que je la laisse s'envoler. Chicago appartenait désormais au passé mais mon esprit continuait d'y demeurer pour l'instant. Il faut dire qu'avant d'entamer ce périple, mon père et moi-même avions vécu un moment d'intenses émotions dont j'avais encore du mal à me remettre. On s'était rendu au commissariat de notre quartier afin d'y saluer Randy Orton, le lieutenant de police qui m'avait soutenu contre vents et marées durant ces derniers mois. Au fil du temps, j'avais fini par le considérer comme un proche de la famille et j'en avais vite conclu que je ne pouvais décemment pas partir de ma ville natale sans l'avoir remercié une toute dernière fois. Des sourires timides avaient été échangés, quelques larmes avaient coulé puis une franche poignée de main avait scellé nos adieux: intérieurement, je m'étais alors juré de ne jamais l'oublier. Je regrettais amèrement de perdre cette amitié naissante mais je savais aussi que dans ma position, je me devais de ne pas gamberger inutilement. Conscient de cette réalité, je m'empressai donc de faire le vide dans mon esprit pour me concentrer exclusivement sur le moment présent. Peu importe l'avenir que le destin me réservait, je n'étais pas effrayé à l'idée de relever ce défi car je pouvais m'appuyer sur le soutien indéfectible de mon père. A ses côtés, je me sentais à l'abris des mauvaises surprises...

Lorsque nous reprîmes la route en direction d'Albuquerque, le soleil ne s'était pas encore levé. Je fus vite gagné par l'ennui et dans de telles circonstances, il me sembla judicieux de dormir pour récupérer du sommeil perdu. Néanmoins, j'eus beau tester diverses positions, mes efforts demeurèrent vains et je fus tout simplement incapable de trouver le repos. Dans un sens, cela ne me surprit guère dans la mesure où ce déménagement me stressait autant qu'il m'excitait. D'un côté, j'étais impatient de découvrir les moindres recoins du nouveau quartier que j'allais fréquenter au quotidien mais de l'autre, j'appréhendais forcément cette plongé dans l'inconnu pour la simple et bonne raison que je m'apprêtais à évoluer dans un univers qui n'était pas le mien. En résumé, j'étais aussi agité qu'un trader sous cocaïne ce qui eut pour effet de susciter l'inquiétude légitime de mon père. A de nombreuses reprises, je dus m'employer pour qu'il arrête de s'angoisser inutilement: à vouloir être trop protecteur, il m'empêchait presque de respirer.


Dernière édition par Troy M. Bolton le Mer 16 Nov - 8:58, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Troy M. Bolton: When I want some, I'll take it! Mer 16 Nov - 8:49






A l'aube, l'atmosphère ambiante changea brutalement. Le soleil levait le voile des ténèbres sur le décor environnant et je pus profiter pleinement du paysage qui se dressait juste devant mes yeux. Pour un jeune homme de mon acabit, cette découverte de l'Amérique profonde s'apparenta rapidement à une expérience des plus jouissives. N'ayant jamais foutu les pieds en dehors de Chicago, j'étais heureux d'observer la nature dans toute sa splendeur, moi qui jusqu'à présent avais seulement voyager par le biais de mon imagination. On ne tarda pas à quitter l'Illinois pour traverser le Missouri: les champs s'étendant à perte de vue ainsi que les plaines vallonnés laissèrent alors leur place à un cadre plus réjouissant et surtout moins monotone. En effet, nous pénétrâmes aussitôt dans un Etat essentiellement bucolique où l'agriculture battait son plein: se frayer un chemin à travers un vaste plateau ondulant au gré des collines ne manqua d'ailleurs pas d'illuminer mon regard. Néanmoins, un détail me surprit au plus haut point: j'eus souvent l'impression de parcourir des bourgades abandonnées et cela me choqua considérablement. Ce constat découlait d'une certaine logique puisqu'en tant que citoyen de Chicago, je n'étais pas habitué aux villes fantômes. En fin de matinée, nous fîmes une halte à Saint-Louis et nous en profitâmes pour photographier le Gateway Arch, une impressionnante structure métallique qui était symbolique pour les habitants de cette contrée. Après s'être dégourdi les jambes, on veilla à ne pas s'attarder en route et nous reprîmes donc le film de notre aventure. Quelques heures plus tard, on délaissa le Missouri pour se rendre dans le Kansas: ce petit détour fut cependant aussi bref qu'inintéressant puisqu'on abandonna immédiatement cet Etat pour se diriger dans l'Oklahoma. Nous traversâmes alors des villages qui possédaient un look rétro: ils semblaient conserver des souvenirs de ce vieux ruban de macadam qui leur avait offert jadis tant de services. Dans ce décor au combien pittoresque, le temps paraissait parfois s'être arrêté: la plupart des hôtels et des commerces avaient déjà fermé leur porte et seuls les paysans tentaient de subsister dans cette région qui n'était pas loin de tomber en ruine: parfois, on se serait cru à l'époque du Far West. Les kilomètres s'enchainèrent à une allure prodigieuse puis brusquement, le paysage changea dans les grandes largeurs: prairies, bois et rivières se succédèrent à tour de rôle. Je fus également étonné d'apercevoir d'innombrables ponts rouillés se dresser sur notre chemin: leur architecture se mariait d'ailleurs à merveille avec le cadre environnant. L'arrivée à Oklahoma City rompit un peu le charme rétro du voyage et nous ramena au 21ème siècle: la ville prit le relais avec ses larges boulevards, son trafic et son "business district". Cependant, en détaillant chaque quartier à la loupe, nous finîmes par découvrir un lieu qui sortait de l'ordinaire. Sur un immense terrain, il était possible d'apercevoir des troupeaux entiers s'agiter dans des corrals. Une longue passerelle les enjambait et permettait de jauger la qualité des bêtes avant de rejoindre l'Auction Arena, où elles étaient vendues aux enchères. Cette curiosité locale pour le moins intrigante m'avait offert un spectacle hallucinant que je n'étais pas prêt d'oublier. L'après-midi touchait à sa fin quand mon père et moi-même décidions de reprendre la route et très vite, les prairies réinvestirent le paysage. Conduisant à un rythme de sénateur depuis le début de notre voyage, Jack parvint à maintenir cette cadence jusqu'à la nuit tombante mais la fatigue finit par le rattraper et il jugea utile de s'accorder une pause qu'il avait bien méritée. Nous passâmes donc la nuit dans l'un des nombreux motels qui bordait la " Mother Road " et étrangement, ce fut la première fois en l'espace d'une semaine que je réussis enfin à dormir sur mes deux oreilles. Le lendemain, j'ouvris les yeux en milieu de matinée ce qui m'obligea à hâter le pas car mon père souhaitait absolument que notre périple se termine aujourd'hui. Tardant à me réveiller, je somnolais encore dans la voiture quand mon père m'indiqua que nous avions franchi la frontière du Texas. Cependant, ce passage d'un Etat à un autre n'amena aucun changement de décor: chaque bled demeurait toujours aussi désert. Dans les alentours, les camions étaient légion et les routiers faisaient halte dans les stations-service, les bars ainsi que les restaurants qui étaient encore en activité dans la région: ils avaient sans doute leurs petites habitudes à force d'effectuer continuellement le même trajet. Par la suite, la plaine fut creusée par de multiples petits canyons rompant ainsi la monotonie d'un immense plateau. Si je savais que le Texas était le pays du pétrole, je découvris à cet instant précis qu'il était aussi celui des ranchs puisque les propriétés étaient parfois si gigantesques qu'il fallait posséder un avion pour saluer le voisin. Afin de remplir nos estomacs qui commençaient à crier famine, on s'arrêta à Amarillo dans l'unique but de déjeuner. Généralement, je n'avais pas la critique facile mais j'avouais sans difficulté que je n'étais pas un grand fan de cette ville où tout le monde paraissait avoir un train de retard sur la vie réelle. Du coup, on ne s'attarda pas vraiment dans le coin partant même comme des voleurs qui avaient amassé un gros butin. Heureusement, le paysage se modifia considérablement dès que nous eûmes quitté ce district: les mesas apparaissaient et la terre devint plus sombre, couverte d'herbe et de petits buissons secs emportés par le vent. Moins d'une heure plus tard, nous débarquâmes finalement au Nouveau-Mexique et je ressentis subitement un pincement au cœur lorsqu'au travers de la vitre, je pus lire un panneau sur lequel il était inscrit: " le pays de l'enchantement ". Mon père m'expliqua alors que c'était un surnom connu que l'on donnait à cet Etat: il avait le mérite de me laisser songeur. Dans la foulée, nous traversâmes de vastes espaces de terre rouge, en longeant, la plupart du temps, une voie ferrée où circulaient d'interminables convois longs de plus de deux kilomètres, lesquels étaient parfois tractés par quatre locomotives. J'avais souvent entendu dire que beaucoup d'Indiens habitaient dans cette région mais force est de constater qu'ils devaient sûrement ramasser les miettes qu'on leur octroyait car j'avais beau jeter un coup d'œil autour de moi, je n'en voyais pas l'ombre d'un. On se rapprochait tout doucement d'Albuquerque et le décor ressemblait à s'y méprendre à celui de l'Ouest américain: le paysage s'érodait sculptant des cheminées ainsi que de superbes canyons. Nous prîmes une dernière pause en faisant une escale à Santa Rosa et nous eûmes alors le privilège d'observer le Blue Hole: un lagon aux eaux froides et turquoise creusé naturellement dans la roche sur une profondeur de près de 80 mètres. La vue nous émerveilla tellement qu'aucun mot ne nous parut assez fort pour décrire la beauté des lieux. Néanmoins, mon esprit n'eut pas le loisir de se disperser car mon père me rappela brusquement qu'on avait du pain sur la planche. D'ailleurs, la fin de notre parcours fut plus indigeste et c'est donc avec un certain soulagement que j'accueillis notre arrivée à Albuquerque.

- Voilà, nous y sommes.

A cette réflexion, je compris que Jack avait repéré notre nouvelle demeure: mieux valait tard que jamais dans la mesure où nos recherches étaient restées infructueuses jusqu'à présent. Cheveux au vent, j'eus alors le temps de contempler notre propriété tandis que mon père essayait tant bien que mal de garer notre voiture dans l'allée. La maison était située dans un quartier très paisible que je pouvais aisément comparer à celui que j'avais fréquenté à Chicago: or, cette constatation n'était pas faite pour me déplaire. Tout semblait se dérouler à merveille puis soudainement, j'eus un bref moment d'hésitation lorsqu'il fallut mettre pied à terre: craignais-je de ne pas être à la hauteur du challenge que le destin me proposait de relever? Quelques incertitudes envahirent en effet mon esprit mais je fis en sorte de les gommer rapidement dès que Jack vint à ma rescousse. Malicieux au possible, il me sortit une blague dont lui seul avait le secret et je me surpris à sourire alors que j'avais pourtant l'estomac noué. Son assurance étant contagieuse, je n'éprouvai aucune difficulté à rentrer dans son jeu et mes peurs s'évanouirent comme glace au soleil. Je n'avais pas la prétention de me croire invincible mais je me savais plus fort que je ne le laissais paraître: en réalité, j'avais juste besoin de m'acclimater à mon nouvel environnement pour entrevoir l'avenir sous de meilleurs auspices.

L'emménagement achevé, je décidai d'employer les grands moyens afin de ne pas être pris au dépourvu. Je me devais de ne pas compromettre mes études mais l'année scolaire avait déjà débuté depuis plusieurs semaines et je partais donc avec un sacré handicap. Celui-ci s'annonçait d'autant plus difficile à rattraper que j'allais débarquer dans un établissement dont j'ignorais les usages ainsi que les coutumes. Par le passé, un tel obstacle m'aurait semblé insurmontable mais dorénavant, même les tâches ardues ne me rebutaient plus: je pouvais m'appuyer sur mon expérience pour garder mon sang-froid en toutes circonstances. Je m'attendais déjà à ce qu'on me colle certaines étiquettes sur le dos car n'étant pas né de la dernière pluie, je savais que certains adolescents se montraient d'une cruauté sans égal: je l'avais d'ailleurs appris à mes dépends à Chicago. Je me doutais que les lycéens affichaient plus de maturité que les collégiens mais cela ne m'empêchait pas de rester méfiant: il y avait toujours des vauriens qui se réjouissaient du malheur des autres. Avec mon statut de novice, je possédais des atouts indéniables pour jouer le rôle de la victime idéale sauf que je n'étais plus du genre à courber l'échine face à l'adversité.

Lorsque mon réveil sonna ce matin-là, j'eus l'impression d'être monté sur ressorts. Me levant en quatrième vitesse, j'activais immédiatement le turbo pour me préparer en un temps record. Me faisant l'effet d'être une véritable tornade blanche, je n'eus pas le réflexe d'enclencher le frein à main afin d'éviter une syncope: je ne pensais qu'à peaufiner chaque détail de ma rentrée. Estimant sûrement que j'allais finir par lui donner le tournis, mon père mit alors tout en œuvre pour me calmer. La veille déjà, il m'avait prodigué de précieux conseils pour ne pas que je m'égare en route: que je sois exigeant avec moi-même lui convenait parfaitement mais il voulait que je demeure prudent. Me connaissant sur le bout des doigts, il réalisait sûrement qu'en me foutant trop de pression, je risquais de perdre la boule.

Assis sur le perron de notre propriété, je profitais des premiers rayons du soleil en attendant Jack. Las de tourner en rond dans le maison, j'avais vite compris que la crise d'angoisse me guettait et j'étais donc sorti pour apaiser mes nerfs. Observant le voisinage, j'aperçus alors le bus de ramassage scolaire qui effectuait son service quotidien: à Chicago, j'avais eu la malchance de tester ce moyen de transport et depuis, j'avais appris à le détester. Ainsi, j'étais pleinement satisfait de savoir qu'à Albuquerque, celui-ci ne me serait d'aucune utilité: en effet, il aurait fallu que je sois complètement stupide pour m'imposer une telle torture dans la mesure où mon père et moi-même travaillions au sein du même établissement. Une demi-heure plus tard, Jack pointa enfin le bout de son nez et nous prîmes la voiture afin de nous rendre au lycée.

Durant le trajet, l'atmosphère fut pesante et silencieuse ce qui ne manqua pas de m'interpeller. Je n'étais pas forcément étonné d'avoir le trac car côté sérénité, j'avais régulièrement montré mes limites mais il est vrai que l'attitude de mon bienfaiteur prêtait à confusion. Quand nous étions ensemble, il n'appréciait guère que je me renferme dans ma bulle et il s'arrangeait constamment pour déceler ce qui me tracassait. Pourtant, je n'étais pas coopératif pour un sou lorsqu'on m'obligeait à ouvrir mon cœur: d'ailleurs, il n'était pas rare que je me carapate dès qu'on essayait de me tirer les vers du nez. Bon nombre de personnes en avaient fait l'amère expérience et même les plus téméraires avaient abandonné la partie, celles-ci se lassant rapidement d'être à court de solutions. Mon père n'avait nullement besoin de se donner tant de mal car il possédait une technique infaillible pour percer ma carapace: parfois, j'opposais de la résistance mais au bout du compte, il obtenait toujours satisfaction. Tendu comme un string depuis que nous avions quitté notre demeure, je m'attendais donc à ce que Jack se penche sur mon cas d'autant plus qu'il n'était pas le dernier pour jouer les pitres. Cependant, il tarda à se manifester et en scrutant son regard, je sentis qu'il y avait anguille sous roche. Si il m'arrivait souvent d'être perdu dans mes pensées, c'est que j'étais un doux rêveur: en d'autres termes, je me nourrissais régulièrement de mon imaginaire parce j'avais justement besoin de fuir la réalité pour m'épanouir pleinement. A l'inverse, mon père était un homme très pragmatique et dès qu'il semblait distrait, je savais pertinemment que quelque chose le chiffonnait: ce n'était en tout cas jamais bon signe. Récemment, ma peur de l'inconnu m'avait conduit à devenir particulièrement égoïste tant et si bien que certains détails avaient fréquemment échappé à mon œil de lynx. Fragile et instable, j'avais cruellement manqué de discernement alors qu'il m'aurait pourtant suffi de prendre un peu de recul pour constater l'étendue des dégâts. Il est vrai qu'à la base, c'est Jack qui m'avait induit en erreur: il s'était surpassé pour me remonter à la surface chaque fois que je coulais à pic et je l'avais logiquement imaginé au-dessus de tout soupçon. Seulement voilà, cette force de caractère qu'il avait exposé au grand jour cachait en réalité un mal-être flagrant qui avait su tromper ma vigilance. En me penchant d'un peu plus près sur la question, je réalisai alors qu'à plusieurs occasions, le comportement de mon père m'avait interloqué mais que je n'avais pas agi en conséquence dans la mesure où j'étouffais sous le poids de mes propres souffrances. Il était temps de rectifier le tir car si le lien que je partageais avec Jack était sans doute moins tendre que la relation que j'avais entretenu avec ma mère, je ne voulais pas qu'il se construise sur des mensonges ou des non-dits.

- Papa, je peux me permettre de te poser une question?

- Oui, bien entendu. Je t'écoute

- Pourquoi est-ce que tu parais si mystérieux?

- Comment ça? C'est parce que je garde le silence que cela te trouble? Pour une fois que je ne te taquinais pas, je croyais que tu en serais ravi.

- Je ne plaisante pas, je parle sérieusement. Ce n'est pas dans tes habitudes d'avoir des moments d'absence: normalement, c'est mon domaine. Pourtant, tu as beau vouloir le cacher, je me rends compte que finalement, je ne suis pas le seul à être perturbé actuellement, je me trompe?

- Disons que tu n'as pas complètement tort.

- Où se situe mon erreur?

- C'est vrai que je ne suis pas dans mon assiette mais tu ignores les raisons qui m'ont poussé à adopter cette ligne de conduite.

- Je ne demande qu'à les connaître mais je désirerais surtout savoir pourquoi tu ne m'as pas mis dans la confidence.

- Simplement parce que j'attendais le bon moment pour le faire...

- Tiens donc, et tu avais dans l'idée de me révéler ce secret à la Saint-Glinglin?

- Mon seul et unique objectif était de te protéger mais si tu le prends sur ce ton, je vais aller droit au but. Crois-moi, tu seras peut-être le premier à regretter ton manque de patience.

Notre discussion pour le moins houleuse s'acheva à l'instant même où Jack gara la voiture sur le parking du lycée. Je haïssais les engueulades en particulier lorsque je me brouillais avec un proche mais en toute sincérité, qu'avais-je à me reprocher dans cette histoire? Certes, j'avais élevé le ton n'hésitant pas à me montrer ironique mais avais-je pour autant été irrespectueux envers mon père? J'estimais ne pas avoir dépassé les bornes. Cependant, force est de constater qu'il y avait désormais de l'eau dans le gaz puisque Jack évitait soigneusement de m'adresser la parole. Cela me chagrinait d'autant plus qu'à la base, j'avais amené cette conversation sur le devant de la scène afin d'élucider une énigme qui ne me concernait pas directement. Avais-je été trop indiscret? Je ne le pensais pas davantage. Toujours est-il que cette dispute était tombée au pire des moments car elle pourrissait déjà cette journée qui s'annonçait au combien éprouvante. Les questions se bousculaient dans mon esprit tandis que j'avançais péniblement dans l'allée principale de mon nouveau bahut. C'était l'heure de pointe au lycée et comme je me déplaçais avec la grâce et l'élégance d'un manchot boiteux, je ne tardais pas à devenir un plot pour les autres étudiants. On me bouscula à de nombreuses reprises et je dus parfois affronter des regards moqueurs: tout semblait se liguer contre moi. Complètement démobilisé, je me liquéfiais sur place pour la simple et bonne raison que j'avais déjà l'impression d'être la risée de cet établissement: je battais sûrement des records de précocité. Meurtri dans ma chair, je pestais contre le ciel quand soudainement, je reçus un soutien improbable. Alors qu'il semblait poursuivre son chemin sans se préoccuper de mon sort, Jack se fraya un chemin au milieu de la foule puis arrivé à mes côtés, il m'interrogea du regard:

- Si je ne m'abuse, tu voulais connaître la vérité, n'est-ce pas? Je te conseille donc de me suivre. A moins que tu préfères te donner en spectacle: libre à toi de choisir...

Ferme et autoritaire, mon père tourna les talons sans même attendre ma réponse: je ne me fis cependant pas prier pour lui emboîter le pas. Visiblement, il avait encore du mal à digérer la pilule: j'en avais pour preuve la pique qu'il m'avait adressé et qui avait au moins eut le mérite d'amuser mes camarades. D'ailleurs, je n'avais que très peu goûté à son humour sarcastique mais je ne lui en tenais pas rigueur dans la mesure où je savais qu'il m'avait retiré une belle épine du pied. Aussi loin que je me souvienne, Jack n'avait pas la rancune tenace mais son comportement ambigu laissait planer le doute sur ses véritables intentions. Parcourant les couloirs du lycée à une allure soutenue, je scrutais son visage à la recherche d'une émotion précise mais celui-ci demeurait totalement fermé. J'avais donc décidé de me désintéresser de mon père quand il s'arrêta soudainement devant une porte. Lorsque nous pénétrâmes finalement dans la pièce, un mauvais pressentiment me dévora de l'intérieur: pourtant, le plus surprenant restait à venir...

- Jack Bolton? Je ne m'attendais pas à vous voir si rapidement.

- Bonjour Monsieur le Directeur, j'espère que je ne vous dérange pas ?

- Vous plaisantez? Je suis enchanté de vous retrouver après tant d'années. Que me vaut l'honneur de votre visite?

- Tout le plaisir est pour moi. En réalité, c'est assez délicat à expliquer mais je ne voudrais pas abuser de votre temps.

- Soyez sans crainte, vous ne risquez pas de me déranger. Les matinées sont plutôt calmes ici et j'ai tendance à m'ennuyer dès que je suis seul dans ce bureau. Que puis-je faire pour vous être utile?

- Avant tout, je souhaitais vous présenter mon fils. Je vous ai beaucoup parlé de lui au téléphone et je sais que vous aviez hâte de le rencontrer en personne.

- C'est une charmante attention de votre part. Je présume donc que tu es Troy Bolton: je suis enchanté de te connaître mon garçon.

- J'aimerais qu'il en soit de même pour moi mais avec tout le respect que je vous dois, vous m'excuserez de ne pas partager votre enthousiasme débordant pour le moment.

- Je constate que tu as le sens de la répartie: c'est une qualité indéniable.

- Il faut lui pardonner sa mauvaise humeur: il a une dent contre moi.

- C'est fâcheux mais j'ose espérer que c'est simplement un incident isolé.

- En fait, c'est précisément pour cette raison que je suis ici.

- Veuillez m'excuser mais je pense n'avoir pas tout suivi. Aurais-je loupé un épisode?

- Si cela peut vous rassurer, nous sommes deux à être à côté de la plaque.

- Et je suis justement là pour éclairer vos lanternes...

A ces mots, mon père se leva puis il se posta devant le bureau tout en affichant une mine pensive. Admirant longuement un cadre qui se trouvait sur sa droite, il échangea alors quelques regards complices avec le directeur. N'étant pas né de la dernière pluie, je n'eus pas besoin de tendre l'oreille pour assimiler que les deux galopins étaient sur la même longueur d'onde. Leur entente cordiale commençait à me taper sur le système et j'étais prêt à ouvrir ma gueule quand Jack m'invita à contempler cette photo qu'il s'était plu à observer dans les moindre détails.

- Non merci, c'est peut-être un bel athlète mais ce n'est pas mon genre.

- Voudrais-tu arrêter de faire le malin? Si tu n'y mets pas du tien, on arrivera à rien. Es-tu vraiment sûr que quelque chose ne te saute pas aux yeux?

Cette fois, il est clair que je ne pouvais pas lui donner tort. Vexé et blessé dans ma chair, je ne me montrais pas coopératif: pourtant, j'avais tout à y gagner. Etant de mauvaise humeur, Je ne voyais que le côté négatif de cette confrontation alors qu'en réalité, je n'étais pas étranger à ce qui se déroulait actuellement dans cette pièce. Après tout, n'avais-je pas insisté pour que mon père cesse ses cachoteries? Certes, ma fierté en avait pris un coup mais cela ne justifiait pas pour autant l'attitude que j'adoptais: j'avais passé l'âge de me comporter comme un gamin immature. Réalisant mon erreur, je changeai finalement mon fusil d'épaule même si cette photo me laissait toujours aussi perplexe. D'ailleurs, j'avais l'intention de donner ma langue au chat quand soudainement, j'eus une révélation qui ne manqua pas de me désorienter.

- Ce n'est pas possible, dites-moi que je rêve!!! Cela ne peut pas être toi...

- A quoi bon nier l'évidence? La ressemblance est tellement frappante...

- Que dois-je en déduire? J'aimerais croire que je suis victime d'une mauvaise blague mais j'imagine que tout ceci est bien réel, n'est-ce pas?

- J'en suis désolé, je désirais m'y prendre autrement pour te confronter à la vérité sauf que tu ne m'as pas vraiment laissé le choix.

- Je veux être certain de ne pas me planter: si j'ai bien tout suivi, tu essayes de me faire assimiler que durant ta jeunesse, tu as étudié dans ce lycée?

- Oui, c'est dans cet établissement que j'ai achevé ma scolarité.

- Pourquoi tu ne m'en as jamais parlé? J'ai toujours pensé que tu avais vu le jour à Chicago: j'ai soudainement l'impression de ne plus connaître mon propre père...

- Troy, je n'ai jamais tenté de te dissimuler des détails sur mon passé. Si tu m'avais posé des questions sur mon enfance, j'y aurais répondu sans sourciller mais il se trouve que tu n'as jamais eu la curiosité d'aborder ce sujet. De mon côté, je n'ai jamais cherché à évoquer cette période de mon existence de manière spontanée car je n'en garde pas que de bons souvenirs. Personne n'est à blâmer dans cette histoire même si tu peux toujours me pointer du doigt si cela soulage ta conscience.

- Admettons que je t'accorde le bénéfice du doute, comment expliques-tu que tant de cachoteries aient entouré notre déménagement? Jusqu'à aujourd'hui, j'étais persuadé que nous étions plongé dans le même bain et dans un sens, cela me rassurait de savoir que je n'étais pas le seul à devoir me reconstruire dans mon intégralité. Sauf que maintenant, j'apprends que tu évolues dans un milieu qui t'est familier: or, cela remet forcément tout en question.

- A quel niveau?

- Papa, tu ne m'as peut-être pas menti mais tu as volontairement omis de me fournir certaines informations quand on a décidé de s'installer à Albuquerque: à mes yeux, ce n'est pas un geste anodin. Qu'est-ce qui t'empêchait d'être honnête avec moi dès le départ? Aide-moi juste à élucider ce mystère: c'est la seule faveur que je te demande de m'offrir...

- J'ai beau être ton père, je ne possède pas le talent de Lucille lorsqu'il s'agit de jouer la carte de l'affectif. J'essaye de la suppléer du mieux que je peux mais il m'arrive souvent de commettre des erreurs. Il est possible que je me sois trompé mais j'ai simplement essayé de te protéger contre toi-même.

- Je ne te suis pas.

- Depuis le décès de ta mère, la vie ne t'a pas octroyé le moindre répit. Chaque fois que tes ennuis semblaient terminés, la malchance t'attendait au tournant ce qui t'a obligé à mener des luttes intenses au travers desquelles tu as abandonné énormément d'énergie. J'ai toujours craint que ton coeur finisse par imploser et j'envisageais de déménager depuis plusieurs semaines quand cette proposition est tombée du ciel. A ce moment-là, je ne savais rien de tes intentions et c'est pour cette raison que j'ai d'abord voulu qu'on me donne un délai de réflexion.

- Tu imaginais que je refuserais catégoriquement de quitter Chicago?

- Tu es né dans cette ville alors j'appréhendais ta réaction. J'avais peur de te perturber davantage et donc de te fragiliser mentalement: je me sentais incapable d'assumer un tel risque.

- Tu as misé sur la prudence, c'est tout à ton honneur. Mais pourquoi es-tu resté énigmatique durant la nuit où on a définitivement entériné notre départ? Tu aurais pu te montrer sincère à cet instant précis...

- C'était une situation délicate à gérer. J'avais envie de te préserver le temps que tu t'habitues à ton nouvel environnement.

- En quoi certaines vérités auraient été si lourdes à porter?

- Parce que ton père a laissé une emprunte indélébile dans ce lycée et que sa légende se perpétue avec le temps.

- Vous plaisantez, j'espère ?!!!

- Est-ce que j'en ai l'air mon jeune garçon? Crois-le ou non, mais Jack a été la star de notre équipe de basket durant plusieurs années. Grâce à son talent, nous avons remporté la plupart des coupes qui décorent la vitrine de notre établissement.

- Je l'ignorais totalement. Ta popularité devait atteindre des sommets...

- Cela dépassait l'entendement. Ton père faisait tomber les jeunes filles comme des mouches: elles se battaient bec et ongles pour lui mettre le grappin dessus.

- Arrêtez Monsieur Matsui, je vais rougir si vous continuez ainsi. De plus, ce n'était pas spécialement évident d'assumer le statut que je portais: j'en ai profité mais parfois, j'en ai aussi payé le prix.

- Tout ceci est bien joli mais en définitif, quel est le rapport avec moi?

- Le sport a toujours occupé une grande place dans ce bahut. A l'époque où Jack n'était encore qu'un simple étudiant, j'étais déjà un professeur renommé au sein de ce lycée ce qui m'avait permis de jouir d'une certaine notoriété auprès de mes collègues. Ayant acquis leur respect, j'étais donc chargé de les représenter quand j'obtenais des entretiens privés avec le directeur. Or, j'ai vite compris où se situait ses priorités lorsqu'il m'a présenté les grandes lignes de son programme. Beaucoup de matières ont été reléguées au second plan tandis que dans le même temps, notre équipe de basket a été directement placé sous le feu des projecteurs. Ton père peut en témoigner...

- Dès que nous avions un match de championnat, c'est l'établissement dans son ensemble qui se mobilisait pour nous soutenir. Les cours étaient souvent annulés et le gymnase, à l'intérieur duquel nos parties se déroulaient, était régulièrement plein à craquer. L'ambiance y était tellement fantastique que cela me filait la chair de poule.

- On a dominé notre ligue régionale pendant une longue période puis du jour au lendemain, on est retombé dans l'anonymat général. Cela fait désormais une éternité que nous ne l'avons plus emportée si bien que l'on a perdu cette confiance qui nous rendait invincible. On a bafouillé notre jeu et notre équipe a battu des records de médiocrité dans un passé récent. Il était primordial de stopper l'hémorragie mais seul un homme à poigne avait le pouvoir de redresser la barre.

- C'est là que vous avez eu l'idée de joindre Jack...

- Sans être des amis proches, on a toujours partagé les mêmes opinions. Suite à son départ pour Chicago, je pensais qu'il m'oublierait mais il a été le premier à me contacter pour prendre de mes nouvelles. Depuis, on se téléphonait à tour de rôle et dès que j'ai appris que ton père avait le moral en berne, j'ai jugé bon de lui offrir une porte de sortie.

- Monsieur Matsui m'a prodigué de précieux conseils sans jamais me juger alors qu'il m'arrivait pourtant d'être un adolescent virulent. Quand il m'a proposé de devenir l'entraîneur de l'équipe qui m'avait façonné, j'ai été touché par tant de considération mais je n'ai jamais imaginé une seule seconde que je pourrais céder à la tentation sans t'en avoir parlé au préalable.

- Papa, je suis assez mature pour savoir que tu n'es pas égoïste. En revanche, pourquoi de telles révélations auraient dû m'effrayer? Je ne parviens pas à élucider cette question...

- Disons que je voulais éviter que ton esprit soit trop dispersé. Je désirais t'épargner: du moins, dans un premier temps...

- Qu'est-ce que tu me chantes?

- J'avais envie que tu te concentres sur des points essentiels, que tu ne sois pas perturbé par des éléments extérieurs. En d'autres termes, je souhaitais que tu ne sois pas obnubilé par le fait que tu risquais d'évoluer dans l'ombre de Jack Bolton.

- Tu as cru que j'allais te jalouser? Rassure-toi, je n'aurais pas été envieux que mon père soit considéré comme un modèle à suivre, bien au contraire: cela m'aurait rendu fier d'être ton fils.

- En vérité, je redoutais surtout que ce détail soit à l'origine de complications dont tu ne parais pas soupçonner l'existence.

- Qu'entends-tu par là?

- En résumé, cela signifie que peu importe le comportement que tu adopteras, tu ne seras jamais perçu comme un étudiant ordinaire. On te remarquera facilement et le regard des autres ne sera pas toujours facile à supporter.

- Pourquoi devrais-je me soucier d'être comparé à mon père alors que je l'admire?

- Parce que les adolescents sont parfois cruels entre eux. Il y a des avantages à être populaire mais il ne faut jamais imaginer que la gloire n'apporte que des privilèges: si tu te laisses griser trop rapidement, ta réputation ne tardera pas à devenir ton pire ennemi. Si je n'ai qu'un seul conseil à te fournir, c'est de garder les pieds sur terre en toutes circonstances.

- Je suis déjà tombé dans le piège de la vantardise et cela ne m'a pas franchement réussi. Je ne renouvellerai pas cette erreur une seconde fois...

- Puisqu'on est à l'heure des confidences, sache que j'ai déjà prévu de te nommer capitaine de l'équipe de basket que l'on m'a chargé de reformer. Seulement, je ne veux pas que tu croules sous la pression dans l'unique but de ne pas me décevoir: cela te conduirait à effectuer un choix stupide. Tu as le droit de poursuivre tes propres rêves et j'accepterai que tu sois le leader de mon groupe seulement si tu te sens capable de marcher sur les traces de ton père. Alors, que désires-tu réellement fiston?

- Les défis me motivent et dans ces conditions, que gagnerais-je à me défiler? Pour moi, ce sera un honneur de reprendre le flambeau familial même si je n'aurais pas la prétention d'égaler ton palmarès.

La discussion achevée, je tombais dans les bras de mon père entérinant ainsi notre réconciliation. Monsieur Matsui resta en retrait afin de ne pas interrompre cette accolade dans laquelle il estimait ne pas avoir sa place. Qu'il ait choisi de s'effacer à ce moment précis m'allait droit au cœur et me confortait dans l'idée que c'était un homme humble car pour ma part, je considérais que sa présence avait grandement contribué à apaiser les débats. D'ailleurs, je ne tardai pas à lui adresser mes remerciements les plus sincères étant presque gêné de lui avoir dévoilé un côté de ma personnalité qui ne plaidait pas en ma faveur. Néanmoins, j’avais l’intime conviction d’avoir découvert un directeur strict mais juste: je pouvais me tromper mais je demeurais persuadé qu’il savait comment gagner la confiance de ses étudiants et si j’étais dans le vrai, c’est l’établissement dans son ensemble qui devait ressortir gagnant de cette situation. En ce qui me concerne, c’est un homme qui avait déjà gagné mon respect car son talent de médiateur m’avait permis d’entrevoir un rayon de soleil dans cette journée qui s’annonçait pourtant morose. De ce fait, c’est le cœur léger que je sortais de son bureau étant plus que jamais convaincu que j’avais désormais mangé mon pain noir.

Ce trop plein de confiance aurait pu finir de m’achever si la malchance avait choisi de me donner du fil à retordre mais il n’en fut rien. Durant les mois qui suivirent, mon existence prit une tournure complètement différente de celle que j’avais imaginé en débarquant à Albuquerque. Non seulement, je ne devins pas la cible préférée de mes camarades mais je ne crois pas exagérer en disant que la majorité des étudiants me firent un pont d’or dès qu’ils réalisèrent que j’étais le fils de Jack Bolton. Si ce contexte n’avait finalement rien d’inattendu dans la mesure où le directeur de l’établissement avait largement loué les mérites de mon père, il n’en demeura pas moins que je me retrouvai d’abord face à un contexte qui échappait totalement à mon contrôle. Pourtant, je n’étais pas un novice en matière de popularité puisque par le passé, j’avais déjà eu les faveurs des mes collègues mais la différence, c’est que cette fois-ci, je n’étais pas une star parmi tant d’autres: tout d’un coup, on me considérait comme l’emblème de cet établissement alors que de mon côté, je n’avais jamais aspiré à ce qu’on m’attribue un rôle si prestigieux. Propulsé sur le devant de la scène, j’eus avant tout le mérite de garder les pieds sur terre évitant soigneusement de m’enflammer comme le dernier des idiots même si il ne se passait pas une heure sans que quelqu’un trouve le moyen de faire l’éloge de ma personne. Personnellement, cela me semblait toujours ironique dans la mesure où bon nombre d’étudiants qui me comparaient à la huitième merveille du monde, ne savaient quasiment rien de ma vie. Rapidement, j’appris à gérer certains aspects fastidieux de ce nouveau statut que l’on avais mis sur mes épaules mais en revanche, d’autres paramètres furent beaucoup plus difficiles à manier. Si au fil du temps, les louanges eurent au moins le mérite de me faire rire, j’eus beaucoup de mal à accepter le comportement au combien méprisant de certains lycéens qui prirent l’habitude de me coller aux basques dans la simple but de fréquenter le jeune homme le plus adulé du bahut. Je fus souvent témoin de certaines scènes qui me répugnèrent car n’étant pas né de la dernière pluie, j’eus parfois l’impression d’évoluer dans un univers où l’hypocrisie régnait en maître. Cela me peina d’autant plus qu’étant trop gentil, je n’eus jamais le courage de repousser ces gens qui nuisaient à mon bonheur. N’ayant pas une minute pour moi, je fus même au bord de l’implosion à un moment donné puisque j’étais alors dans l’incapacité de joindre les deux bouts.

Sentant le danger poindre à l’horizon, j’eus la sagesse d’esprit de ne pas me démobiliser. N’ayant plus les moyens de régir mon existence comme je le désirais, je décidai alors de souffler le vent de la révolte afin de ne plus être le pantin de mes camarades. Dans un soucis d’éviter que les choses s’enveniment, je veillai donc à mener mon quotidien comme je l’entendais en dressant des barrières autour de ma personne pour ne plus être importuné par des lycéens mal intentionnés. La violence physique ou verbale ne faisant pas parti de mon registre, je me reposai régulièrement sur mon habileté et mon sens tactique pour me sortir de situations épineuses sans pour autant vexer les étudiants que je côtoyais. Ayant finalement réussi à tourner cette notoriété oppressante à mon avantage, je fus plus à même de comprendre qu’au-delà des apparences, la position que j’occupais au sein de ce bahut était symbolique à bien des égards. Si je pouvais supposer qu’elle n’était que la résultante des aléas du destin, j’étais trop superstitieux pour m’arrêter à des considérations aussi vaseuses. A y regarder de plus près, certaines coïncidences étaient tellement troublantes qu’il aurait fallu que je renie mes propres croyances pour les prendre à la légère. Non, ce n’était pas qu’un simple hasard si j’étais désormais la tête d’affiche de ce lycée: c’était juste le résultat d’une suite logique d’événements qui allait me permettre de reprendre le flambeau d’un jeune homme dont j’avais tout appris. Bien qu’il ait disparu de ma vie comme un voleur, Adam demeurait un être à part entière au fond de mon cœur et je ne perdais jamais une occasion de me servir de l’enseignement qu’il m’avait inculqué. Aujourd’hui, je n’avais aucune idée de l’endroit où il se trouvait mais ce qui était certain, c’est qu’à ma manière, j’avais toujours voulu lui rendre hommage. Or, quel meilleur moyen que de poursuivre son ouvrage pour honorer son nom?

Très vite, mon but principal consista donc à me mettre au service des autres. Ne poursuivant aucunement l’ambition de devenir le sauveur de l’humanité, je n’eus jamais la prétention de me montrer disponible pour chaque étudiant qui traversait une période trouble mais je mis néanmoins un point d’honneur à ne pas délaisser les lycéens qui choisissaient de me confier les problèmes qu’ils rencontraient. Dans un premier temps, je craignis de ne pas être à la hauteur de ce défi que je m’étais lancé mais aussi incroyable que cela puisse paraître, je n’éprouvai pas la moindre difficulté à trouver mes marques dans ce rôle qui semblait m’aller comme un gant. En réalité, je découvris aussitôt que je n’exécutais pas une fonction à contre-emploi de ma personnalité puisque je n’eus pas besoin de me forcer pour soutenir mon prochain. Au fil des semaines, l’évidence me sauta aux yeux: sans le vouloir, j’avais fait naître une nouvelle vocation en moi. J’eus beau réaliser que je plaçais ma propre existence entre parenthèses, cela ne me poussa pas à modifier mes plans puisque j’avais dorénavant saisi que le bonheur de mes camarades me faisait resplendir de joie. A cette époque, rares furent les jours où je ne débordais pas de vitalité mais à vrai dire, comment aurait-il pu en être autrement? Pour la première fois depuis fort longtemps, je n’étais plus méfiant en me penchant sur mon avenir car j’étais persuadé de ne plus être dans l’œil du cyclone.

L’année scolaire s’écoula à une vitesse vertigineuse tant et si bien que c’est presque avec regret que je vis les vacances d’été poindre le bout de leur nez. Bien que je ne pus m’empêcher de verser quelques larmes au moment de quitter mon groupe d’amis, ma tristesse fut de courte durée quand j’eus pleinement le loisir de faire un bilan des derniers mois que je venais de traverser. Force est de constater que tous les voyants étaient désormais au vert dans la mesure où j’avais trouvé un certain équilibre dans ma vie. Quand à mon père, il n’avait plus quitté son petit nuage depuis que son équipe de basket avait remporté le championnat régional deux semaines plus tôt. Très attaché à son ancien lycée, il avait fondu en larmes en réalisant qu’il était parvenu à redorer le blason d’une formation qu’il avait autrefois mené à la victoire. Jack était d’autant plus fier de ce résultat que je m’étais moi-même impliqué dans cette aventure pour ne pas le décevoir. Comme promis, j’avais accepté le brassard de capitaine qu’il m’avait proposé en début de saison et j’avais sorti l’artillerie lourde pour me montrer digne du rôle que je devais jouer sur le terrain. Elu meilleur basketteur du tournoi, j’avais fêté ce titre en compagnie de mes coéquipiers sans baigner pour autant dans l’euphorie. Si j’aimais le sport que je pratiquais, cette passion n’était pas assez forte pour que j’y consacre toute mon énergie. D’ailleurs, je m’étais bien gardé de le dire à mon père mais c’est surtout pour contribuer à son bonheur que j’avais donné mon maximum pour remporter cette coupe. Non content d’être comblé à tous les niveaux, je pouvais, qui plus est, me targuer d’être de nouveau très lié à Jack. Ainsi, lorsqu’il m’avait proposé qu’on s’installe sur Paris pour les deux prochains mois, ma réponse ne s’était pas faite attendre. Le bonheur absolu n’étant pas de ce bas monde, j’avais la prétention de croire que j’avais atteint le summum de la plénitude récemment. En réalité, plus j’y réfléchissais, plus je me demandais si il était humainement possible que je franchisse un nouveau cap pour titiller le nirvana. Il n’était pas négligeable de constater que l’amour n’avait pas encore jugé utile de frapper à ma porte pour le moment mais dans un sens, j’étais déjà persuadé d’être un célibataire endurci. Ce que j’ignorais alors, c’est que la rentrée scolaire me réserverait une surprise d’envergure…
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MessageSujet: Re: Troy M. Bolton: When I want some, I'll take it! Mer 16 Nov - 8:50






6) Amour rime souvent avec décadence





L’été se déroula sans encombre et une semaine avant la reprise des cours, c’est donc frais comme un gardon que je retrouvai ma charmante demeure d’Albuquerque. J’étais sans doute unique en mon genre mais je n’avais alors qu’une seule hâte: que le lycée rouvre ses portes. Enthousiaste comme jamais, je pris cependant un coup au moral quand je fus victime d’un stupide accident domestique deux jours avant la date fatidique. Etait-ce le signe d’un mauvais présage? Toujours est-il qu’une fois de plus, c’est avec un peu de retard que j’effectuai ma rentrée et comme un malheur ne vient jamais seul, c’est le pied dans le plâtre que je repris le chemin de mon bahut. Maladroit par nature, je réalisai rapidement que j’allais devoir m’armer de patience pour me déplacer sans encombre dans les couloirs de l’établissement sachant qu’il y avait foule dès lors qu’un cours se terminait et qu’il fallait généralement se rendre dans une autre salle du lycée.

Ma première matinée eut donc le mérite de mettre mes nerfs à contribution et à l’instant-même où je crus que le ciel m’accorderait un temps mort, une nouvelle épreuve m’attendit au tournant. Arrivé devant mon casier, je tentai désespérément de l'ouvrir mais cet enfoiré semblait lui aussi décidé à me faire chier aujourd'hui. C'est alors qu'un miracle se produisit: contre toute attente, une délicieuse inconnue vola à mon secours. Je fus subjugué par sa beauté à tel point que j'arrivais à peine à balbutier quelques mots: heureusement que le ridicule ne tue pas. Bien évidemment, je ne risquai pas de refuser son aide mais j'aurais tout de même aimé dégager un peu plus d'assurance histoire qu'elle ne me prenne pas pour un débile profond. Nos regards ce croisèrent et elle m'offrit alors son plus beau sourire: il n'en fallut pas plus pour me déstabiliser. Envoûté par le charme qui se dégageait de cette somptueuse créature, je fus totalement à côté des mes pompes tant et si bien que je fis tomber un livre à terre. Maladroit au possible, je m'empressai alors de vouloir le ramasser mais visiblement, je ne fus pas le seul à avoir cette idée en tête. Involontairement, je frôlai la main de la jeune femme et je ne pus alors m'empêcher de me perdre dans ses yeux pétillants. Le temps semblait soudainement s'être arrêté: une nouvelle romance venait de voir le jour.

L'étudiante dont je tombai éperdument amoureux s'appelait Alessandra. Je sais que cela peut paraître grotesque à bien des égards quand on ne croit pas au coup de foudre mais j’eus cette beauté divine dans la peau à l'instant-même où je croisai son regard de braise. Dès que nous fûmes ensemble, ma vie changea radicalement. C'est elle qui faisait battre mon cœur, qui me redonnait le sourire quand tout allait mal, qui me faisait pleurer de joie dès qu'elle me complimentait ou de tristesse quand je la voyais souffrir. La jeune femme était l'oxygène de ma vie: me retrouver sans elle pendant plus d'une journée me donnait la sensation de connaitre l'enfer pendant plus de 24 heures. Alessandra était aussi ravissante qu'un coucher de soleil en plein été, aussi adorable qu'un petit tigre aux premières lueurs de sa vie, aussi précieuse que la plus belle parure de bijoux de ce monde. Lorsqu'elle n'était pas à mes côtés, j'avais souvent l'impression de n'être plus rien. Pour la première fois de ma vie, je fus donc amoureux et le moins que l'on puisse dire, c'est que cela me réussit bien. L'affection que ma compagne m'offrit au quotidien me galvanisa et me donna envie d'aller de l'avant.

Nous étions en couple depuis tout juste un an lorsque j'eus l'idée de lui passer la bague au doigt. C'était une décision qui pouvait sembler précipitée mais que j'avais mûrement réfléchi. Je m’étais appliqué pour lui préparer une surprise à la hauteur de l'événement et j'avais hâte que ce moment inoubliable arrive. Malheureusement pour moi, il n'aura jamais lieu: Alessandra disparut de la circulation du jour au lendemain et elle ne remonta plus jamais à la surface. D'abord choqué, je fus totalement anéanti d'avoir brutalement perdu l'amour de ma vie. J'eus l'intime conviction d'avoir été trahi et cela changea considérablement mon comportement par la suite.

D'ordinaire si calme, je me surpris à démarrer au quart de tour dès qu'un proche me taquinait. Avec le recul, je considérais que j'avais sans doute été trop gentil par le passé et dans un sens, j'étais heureux que cette période soit révolue car je ne voulais plus accepter qu'on me marche sur les pieds. Dégageant désormais plus d'assurance, je me surpris parfois à franchir certaines limites afin de pimenter mon existence. Très vite, je devins accro à l'adrénaline ce qui me poussa à réaliser des défis de plus en plus risqués dans le simple but de côtoyer le danger. Ayant rangé ma timidité au placard, je me mis également dans la peau d'un prédateur devenant un expert dans l'art dans la séduction. Mon charme ne tarda pas à opérer et mon tableau de chasse eut rapidement fier allure. Sans être foncièrement méchant, je fus néanmoins beaucoup moins fréquentable que par le passé. Les rares personnes qui eurent le cran de demeurer à mes côtés, durent s'armer de beaucoup de patience pour pouvoir me supporter. L’alcool et la musique furent très vite mes seuls refuges. En composant des mélodies, j'avais la sensation d'être dans mon élément et dès lors que je jouais de la guitare, tous mes tracas semblaient s'envoler. La drogue? Il m’arriva d’en consommer juste pour le fun et peu importe les répercussions que cela pouvait alors avoir sur ma santé, je m'en foutais royalement car intérieurement, j'avais déjà l'impression d'être mort depuis quelques semaines.

7) La renaissance





Mon rayon de soleil? Je vais l'entrevoir en croisant la route de Brittany. Depuis la disparition d‘Alessandra, j'ai pris l'habitude de traîner dans le parc du coin en compagnie de mon fidèle compagnon: un chien qui est venu agrandir notre famille durant notre voyage à Paris. Un soir, je suis à bout de souffle et je m'assois sur un banc pour pleurer toutes les larmes de mon corps. Je pense être seul lorsque soudainement, une douce voix me sort de ma torpeur. Je croise alors le regard d'une charmante demoiselle et celle-ci semble s'inquiéter de me voir dans un tel état. J'essaye de la convaincre que c'est un simple coup de blues mais visiblement, elle n'en croit pas un mot. Je refuse d'abord son soutien mais comme elle se montre têtue, j'accepte finalement de la suivre jusqu'à son domicile. D'habitude si réservé, je me surprends alors à ouvrir mon cœur à une simple inconnue. Cette nuit-là, elle me prêtera d'ailleurs une oreille attentive jusqu'au petit matin: touché par tant de compassion, je la remercie de m'avoir tendu la main. De son côté, elle semble réellement heureuse de m'avoir soulagé d'un poids et me confie qu'au moindre soucis, elle acceptera volontiers que j'emménage chez elle.

A ses côtés, je vais rapidement m'épanouir et notre complicité ne semble d'ailleurs souffrir d'aucune faille: un lien spécial nous unit et notre relation dépasse le simple cadre de l'amitié. Rapidement, Brittany décide de me prendre sous son aile me considérant comme le frère qu'elle aurait toujours désiré avoir au plus profond de son cœur. Nous n'avons aucun secret l'un pour l'autre et l'on s'aide mutuellement dès qu'un problème apparaît dans notre vie. Néanmoins, même si tout semble nous rassembler, nous passons un pacte ensemble: quoi qu'il puisse arriver, nous ne formerons jamais un couple. Pour quelle raison? A nos yeux, notre relation est bien trop belle pour qu'un risque inutile soit pris. Or l'amour est souvent à double tranchant: si ce sentiment peut mener au nirvana, il est également capable d'éloigner deux êtres qui semblent pourtant inséparables.

En l'espace de quelques semaines, Brittany a réussi l'exploit de me rebooster le moral. Ayant fait le choix d'arrêter temporairement mes études, j'ai beaucoup de temps libre et je ne quitte plus ma sœurette de cœur d'une semelle. Quand on désire être au calme, on se ballade ensemble dans les différents quartiers de la ville mais en revanche, dès qu'on a besoin d'un peu d'action, on se débrouille toujours pour se mettre dans des plans foireux. Une chose est certaine en tout cas: c'est qu'on ne s'ennuie jamais dès lors qu'on est réuni. Malheureusement, le destin semble avoir une dent contre moi. A peine ai-je eu le temps de souffler un peu qu'il va à nouveau s'arranger pour me passer sur le corps.

Voilà près de six mois que Brittany est rentrée dans ma vie. Je sais ce que je lui dois et je me rends compte que je ne l'ai jamais vraiment remerciée de m'avoir sauvé la mise. Je veux marquer ce jour d'une pierre blanche et j'ai donc dans l'idée de lui préparer une fête surprise. J'y travaille depuis bientôt une semaine et je ne cache pas que je piaffe d'impatience de voir sa réaction: j'imagine déjà son magnifique sourire qui illuminera son visage et cela remplit mon cœur de joie. A mon grand désespoir, cette soirée ne verra pourtant jamais le jour. A la veille de cet événement, Brittany me contacte pour m'annoncer qu'elle doit quitter Albuquerque sur-le-champ: suis-je donc maudit pour l'éternité?

La pilule digérée, je suis dans le flou le plus total concernant mon futur. Or, je sais qu'un projet me tient tout particulièrement à cœur et je me dis que le moment est peut-être venu de le concrétiser.

Plongé dans la musique dès mon plus jeune âge, j'ai vite appris à accorder beaucoup de crédit aux chansons qui pouvaient traverser ma vie: bien sûr, il m'arrive de ne pas me retrouver dans une mélodie et dans ce cas, je l'oublie en un simple claquement de doigts. En revanche, dès que j'éprouve la moindre émotion alors je sais déjà que cette musique restera à jamais graver dans ma mémoire: en réalité, il me suffit souvent de quelques secondes pour prendre une décision. Comme souvent, je laisse mon cœur me dicter ses choix: une simple vibration et la décision s'impose alors d'elle-même. Si je possède un coté solitaire, je reste en permanence connecté avec le monde de la musique. Lorsque je ressens le besoin de m'éloigner de mes amis ou simplement du monde extérieur, je laisse alors une mélodie s'emparer de chaque parcelle mon corps: selon mon humeur du moment, cette chanson peut tout aussi bien me procurer un bonheur intense qu'une peine des plus profondes. C'est ainsi que dans ces moments de solitude, je peux parfois paraitre complètement absent comme si son âme s'envolait alors vers d'autres cieux. Si ma sensibilité n'y est surement pas complètement étrangère, j'ai moi-même du mal à expliquer ce lien si étroit qui me rapproche de la musique mais une chose est évidente à mes yeux: au fil du temps, cette passion est devenue ma raison de vivre.

N'étant pas un chanteur hors paire, je me focalise avant tout sur la danse: selon mes proches, c'est un domaine dans lequel j'ai toujours excellé. Je ne sais pas d'où me provient ce talent mais j'ai fait en sorte qu'il ne s'effrite pas avec le temps. Si j'adore que mon corps s'exprime au travers de la musique, c'est que j'ai toujours entrevu cet art comme une méthode de relaxation. De nombreux hommes sont d'un naturel violent: pour ma part, je n'ai jamais eu l'esprit bagarreur. Je n'ai aucun don particulier pour garder le contrôle de mes nerfs: j'use simplement de malice pour ne pas expulser ma colère quand cela pourrait me porter préjudice. Lorsqu'on met au point une chorégraphie, cela insinue que l'on va dépenser beaucoup d'énergie. Pour ma part, c'est justement dans ces moments-là que je mets mes émotions négatives à contribution afin qu'elles soient utilisées à bon escient.

Désormais déterminé à percer dans ce milieu, j'enregistre plusieurs démos que je me charge d'envoyer à diverses agences situées un peu partout dans le monde. Sans être pessimiste, j'estime que cette technique ne portera pas ses fruits dans l'immédiat et d'un certain point de vue, cela m'arrange à moitié dans la mesure où je n'ai pas envie de quitter mon père. Les mois défilent et je ne reçois toujours aucune réponse: cela me chagrine mais j'oublie vite ma peine grâce à la présence de Jack. Intérieurement, je finis tout de même par croire que je me suis emballé un peu vite: après tout, ne faut-il pas être pistonné dès le départ pour s'imposer dans un tel monde?

J'imagine donc m'être planté en beauté quand un beau matin, un appel inattendu va me propulser dans la cour des grands. L'une des agences les plus populaires de Londres m'invite à passer un casting me précisant que si je suis sélectionné parmi les meilleurs, je serai directement amené sur le devant de la scène. Je n'en crois pas mes oreilles et je dois d'ailleurs me retenir pour ne pas hurler ma joie au téléphone. Puis brusquement, ma voix se crispe et je demande à l'établissement si celui-ci peut m'accorder un délai de réflexion. Par chance, j'obtiens gain de cause: j'ai désormais trois jours pour me décider.

Dès le lendemain, j’explique la situation à mon père. Quand il comprend face à quel dilemme je me retrouve, il tranche dans le vif pour moi m'encourageant à vivre mon rêve de gosse. A lui seul, ce sacrifice suffit à résumer la personnalité de Jack: sa générosité n'a d'égal que sa gentillesse.

Je prends donc le risque de consacrer désormais toute ma vie à la musique: une décision à double tranchant. Heureusement pour moi, le succès est au rendez-vous et l'essai s'avère concluant me permettant de plonger dans un monde à la fois fantastique et dangereux. Mais si en apparence, tout semble de nouveau me réussir, la réalité est plus sombre. Intérieurement, je suis un jeune homme blessé et abattu et comme toutes les portes me sont désormais ouvertes, je dispose de tous les moyens nécessaires et utilisables pour oublier que je souffre. Ainsi, je pars rapidement à la dérive usant de nombreuses drogues pour soulager ma peine: n'ayant plus personne pour me guider, l'engrenage devient inévitable. Ne crachant pas sur l'alcool, je joue alors à la roulette russe avec ma propre santé: le mélange drogue-alcool créant un cocktail des plus explosifs. Durant les premiers mois, je continue de monter sur scène sans le moindre soucis: mon énergie débordante surprend d'ailleurs plusieurs observateurs. Puis brusquement, une chute vient ponctuer l'un de mes spectacles indiquant que j'ai sans doute trop puiser dans mon réservoir. Voulant à tout prix me racheter, je franchis une nouvelle fois la ligne blanche: ce sera alors la goutte d'eau qui fera déborder le vase. Devenu totalement dépendant aux drogues que j'ingurgite, je suis victime d'une overdose dans ma loge alors que j'allais monter sur scène. Conduit à l'hôpital, mon état suscitera de nombreuses inquiétudes durant plusieurs jours que je passerai entre la vie et la mort. Le destin ayant décidé de m'accorder une seconde chance, je me remets finalement sur pieds au bout de plusieurs mois subissant d'ailleurs une cure de désintoxication des plus intenses pour laisser la drogue derrière moi. Particulièrement marqué par cette énième erreur de parcours, je suis traumatisé à l'idée de remonter sur scène comprenant que la popularité ne me conviendra sans doute jamais. En guise d'adieu, j'effectue alors un dernier spectacle au cours duquel j'aurai la chance de côtoyer quelques idoles que j'ai toujours admiré: pour la première fois depuis bien longtemps, j'éprouve alors l'envie d'afficher un sourire sincère. Pour la première fois depuis bien longtemps, j'ai tout simplement la volonté d'être heureux.

Le succès que j'ai rencontré éveille la curiosité de nombreux producteurs qui m'offrent tour à tour des contrats faramineux pour obtenir mes faveurs. La tentation est grande mais je refuse pour le moment de retourner dans un monde dans lequel je n'ai pas su gérer ma popularité. J'envisage alors de rentrer à Albuquerque quand un homme me propose de débuter une carrière dans la mode. Au début, cette opportunité ne me tente guère mais un élément inattendu va considérablement changer la donne. L'individu m'a convaincu de venir faire un tour à son agence et même si je compte rester ferme sur mes positions, ma curiosité légendaire me pousse à partir à la découverte de cet univers qui m'intrigue. Arrivé sur place, je fouine un peu partout lorsque brusquement, une voix familière me sort de mes pensées. J'ai peine à y croire et pourtant, mes yeux ne me mentent pas: Brittany est là juste devant moi. Nous jetant dans les bras l'un de l'autre, je ne cache pas ma joie de retrouver cette jeune femme qui a marqué ma vie de son empreinte. Durant plus d'une heure, les anecdotes fusent tant et si bien que sans le vouloir, notre duo devient l'attraction principale de l'agence. Nous rayonnons de bonheur et nos petits délires ne tardent pas à remonter à la surface.

Bien que je ne lui ai pas posé la question, Brittany m'explique alors pourquoi elle est partie si brutalement d’Albuquerque quelques mois plus tôt. L'une de ses petites sœurs avait contracté une leucémie et son état de santé s'était tellement dégradé qu'elle avait décidé de tout plaquer pour être à ses côtés. Des larmes coulent sur ses joues et j'imagine alors par quelles souffrances elle a dû passer: en guise de réponse, je décide de lui accorder un câlin afin qu'elle sache que pour ma part, le chapitre est clos. C'est le directeur de l'agence qui vient interrompre notre accolade: celui-ci semble surpris que je connaisse Brittany dans la mesure où elle est la star de son agence. Ne tournant pas autour du pot, il me demande alors si j'ai réfléchi à sa proposition. J'ai toujours la volonté de la repousser mais ma sœurette de cœur ne semble pas l'entendre de cette oreille. Elle utilise toutes les techniques possibles et imaginables pour m'amadouer tant et si bien qu'au bout d'une dizaine de minutes, elle obtient gain de cause: j'accepte donc de devenir mannequin. Une nouvelle aventure débute...

Celle-ci durera 4 mois. Brittany et moi-même devenons le couple phare de l'agence et même si nous ne sommes pas amoureux l'un de l'autre, nous adorons poser ensemble et l'on prend même un malin plaisir à nous jouer des médias. Nous sommes invités à de nombreux défilés tant et si bien que nous voyageons partout à travers le monde. Même si je n'ai jamais poursuivi le but d'être mannequin, j'admets volontiers que je me fonds parfaitement dans le moule et que les louanges, que je reçois, décuplent mon ambition. Néanmoins, c'est un métier exigeant qui demande énormément de sacrifices: tout doucement, la fatigue commence à me gagner. Quelques doutes finissent par m'envahir mais je me garde bien d'en informer Brittany. Dans un sens, je n'ai pourtant aucune raison de vouloir tout arrêter: je suis riche, célèbre, reconnu dans le monde entier sans compter que j'ai la chance d'être auprès de la personne qui compte le plus à mes yeux dans mon existence. Du moins, c'est ce que je crois...

Un soir, alors que je suis dans ma chambre d'hôtel, j'allume la télé en espérant trouver un programme intéressant à suivre. Les chaînes défilent mais aucune émission ne correspond à mes attentes. Je suis donc sur le point d'éteindre le poste quand brusquement, j'ai la vague impression d'être victime d'une hallucination. J'ai beau regarder l'écran avec insistance, je n'arrive pas à en croire mes yeux: la jeune femme que j'aperçois n'est autre qu‘Alessandra. Sous le coup de l'émotion, j'ai bien du mal à reprendre mes esprits mais visiblement, mon ex-compagne serait donc devenue une styliste de renommée. J'admets alors que je suis complètement à la rue: aurais-je soudainement réalisé que je l'avais toujours dans la peau?

Durant les semaines qui suivent, je vais alors tout tenter pour l'oublier essayant à tout prix de chasser son image de mon esprit: je n'y parviendrai pas. J'ai beau retourner le problème dans tous les sens, je fais chaque fois le même constat: Alessandra me manque. Je me terre alors dans le silence pour ne pas dévoiler cette souffrance qui me ronge de l'intérieur. Seulement voilà, je me connais et je n'ai pas envie de me laisser abattre comme j'ai pu le faire par le passé. Déterminé à retrouver la trace de la femme que j'aime, je rassemble mes affaires et saute dans le premier avion qui me conduira jusqu’à New York. Aux dernières nouvelles, c’est dans cette ville que l’ange de ma vie avait élu domicile.


8) L’avenir nous tourmente, le passé nous retient: c’est pour cette raison que le présent nous échappe.





De l’eau a coulé sous les ponts depuis que j’ai rejoint la ville qui ne dort jamais. Si au départ, je m’y étais installé avec la seule ambition de reconquérir le cœur de ma dulcinée, le temps a fini par changer mes plans. Las de chercher une jeune femme qui m’avait abandonné comme un vulgaire mouchoir, je me suis nourri de la haine que j’éprouvais à son égard pour la rayer définitivement de mon existence. En l’espace de deux ans et demi, j’ai donc eu le loisir de construire ma vie sur de nouvelles bases et sans me lancer des fleurs, je dois admettre que je suis assez fier du chemin que j’ai parcouru. L’une de mes premières résolutions a d’ailleurs été de m’inscrire au lycée: non pas que cela m’enchantait particulièrement mais disons que j’avais besoin d’une bouée de sauvetage à laquelle me raccrocher si jamais, mes économies venaient à fondre comme neige au soleil. Ayant décroché mon diplôme sans la moindre difficulté, ma courte aventure au sein de cet établissement ne fut pas à marquer d’une pierre blanche mais elle me permit tout de même de faire la connaissance d’un jeune homme qui eut le mérite de rendre mes journées beaucoup moins fastidieuses. L’ayant rencontré sur le terrain de basket du bahut, j’eus d’abord un mal fou à cerner sa véritable personnalité tant et si bien que durant quelques semaines, je crus que cet étudiant était la pire des enflures. Puis, au fil des matchs, une complicité naturelle s’installa entre nous et j’eus beau vouloir le nier dans un premier temps, je dus rapidement admettre que notre duo accomplissait des miracles qui faisaient plier toutes les défenses adverses. En tant que capitaine de l’équipe, je décidai donc d’aller à la rencontre de Night pour le bien du groupe. Un soir, je l’invitai à boire un verre dans ma demeure et aussi incroyable que cela puisse paraître, nous restâmes ensemble jusqu’aux premières lueurs du jour. Est-ce l’alcool qui le poussa à ôter sa carapace? Toujours est-il que cette nuit-là, je découvris la face cachée d’un jeune homme qui avait en réalité beaucoup plus à offrir qu’on pouvait l’imaginer au premier abord. Quoi qu’il en soit, cette discussion fit office de tournant dans notre relation puisqu’à partir de cet instant, notre amitié ne cessa de se renforcer avec le temps. Preuve en est qu’aujourd’hui, nous sommes devenus colocataires et ce n’est pas peu dire que notre duo est loin de passer inaperçu au sein de l’université que nous fréquentons. Si Night est toujours un sportif accompli, j’ai pour ma part entrepris des études de droit: cependant, je n’ai pas totalement délaissé ma passion pour le basket puisque j’entraîne désormais l’équipe du bahut. Bien qu’il soit plutôt rare que l’on soit réuni du fait qu’on ne suive pas les mêmes cours, je mets un point d’honneur à toujours garder un œil sur mon meilleur ami. Non pas que j’ai du mal à lui accorder ma confiance mais je sais qu’avec son caractère de chien, il est capable de se foutre dans un merdier pas possible: or, j’estime que la moindre des choses est de le protéger de lui-même.

La question de mes études réglée, je n’eus pas le loisir de baisser de pied. Si je ne m’étais pas inscrit à l’université dans le simple but de m’y tourner les pouces, je reposais mes espérances sur d’autres projets que je voulais mener à terme quitte à me planter en beauté. De ce fait, j’avais investi de fortes sommes d’argent dans un passé récent afin d’ouvrir mon propre studio d’enregistrement. Stressé durant plusieurs mois, mon rêve était finalement devenu réalité en début d’année mais cela ne signifiait pas pout autant que j’avais pu me la couler douce car le plus dur restait encore à venir. Ayant choisi d’être un producteur à part entière, je fus rapidement contraint de faire tourner ma boîte sous peine de la voir disparaître en un éclair. Heureusement, je pus m’appuyer sur quelques connaissances pour constituer une équipe de tout premier ordre: je fus d’ailleurs surpris qu’après plusieurs années, mon nom soit encore connu dans le monde de la musique. Etant un débutant en la matière, j’acceptais rapidement de confier les rênes de mon entreprise à un homme de confiance qui avait lui-même géré ma carrière quand j’étais sous le feu des projecteurs. Nous passâmes un accord afin que chacun joue un rôle prépondérant dans la bonne marche de cet établissement. Aujourd’hui, le succès n’est pas encore au rendez-vous mais je ne désespère pas de tomber tôt ou tard sur une pépite d’or afin d’être en mesure de lancer la carrière d’une artiste au talent indéniable.

La vérité, c’est que j’ai la certitude d’avoir trouvé la perle rare depuis bien longtemps mais que cette jeune fille que je tiens sous la main n’est pas une étudiante ordinaire à mes yeux. J’ai croisé sa route il y a tout juste 10 mois alors que je me promenais dans le parc de mon quartier. Ce jour-là, je n’avais pas cours et comme souvent, je venais me balader dans ce coin paisible pour oublier le stress de mon quotidien: à force de cumuler les activités, il n’était pas rare que je cogite plus que de raison. Plongé dans mes pensées, j’avais alors heurté une personne de plein fouet la faisant tomber à la renverse. Confus, je lui avais rapidement tendu la main pour lui venir en aide et encore aujourd’hui, je me souvenais parfaitement d’avoir eu un moment d’absence à l’instant-même où mes yeux s’étaient posés sur son visage d’ange. Des somptueuses créatures? Je n’avais pas manqué d’en croiser depuis qu’Alessandra m’avait quitté et certaines s’étaient même montrées très entreprenantes afin de me faire succomber à leurs charmes. Pour autant, j’étais resté insensible à leurs avances pour la simple et bonne raison que je n’avais plus porté le moindre intérêt aux femmes depuis que j’avais eu le cœur brisé. Que cette charmante demoiselle me déstabilise en une fraction de seconde, avait donc eu le don de me surprendre d’autant plus qu’elle avait éveillé en moi des émotions que je n’avais plus ressenti depuis qu’Alessandra avait pris la fuite. Inquiet à la simple idée d’être envoutée par cette séduisante demoiselle, je n’avais pourtant pas pu m’empêcher d’échanger quelques mots en sa compagnie et en l’espace de quelques minutes, je compris plus que jamais que cette délicieuse étudiante m’avait tapé dans l’œil. Dieu seul sait ce qui aurait alors pu produire à cet instant précis si nos deux portables respectifs n’avaient pas sonné de concert. Est-ce que la suite des événements m’aurait amené à embrasser cette délicieuse inconnue? Toujours est-il que les aléas du destin en avaient décidé autrement et que l’on s’était quitté dans la précipitation.

Plusieurs semaines s’étaient écoulées par la suite et il ne s’était pas passé un jour sans que l’image de la jeune fille envahisse mon esprit. Conscient d’être sur une pente sablonneuse, je m’étais assuré d’enfermer mon cœur à double tour pour le mettre à l’abris de l’amour. Déterminé à me complaire dans le célibat, le ciel m’avait alors imposé un défi de taille puisqu’il n’avait rien trouvé de mieux que de conduire Melany jusqu’à ma demeure. Généralement, je n’appréciais guère qu’il joue avec mes nerfs mais pour une fois, j’avais jugé utile de relever ce challenge pour tester mon degré de résistance. Si l’étudiante n’avait rien perdu de son charme naturel, nos retrouvailles me confortèrent dans l’idée que je n’étais plus déterminé à la séduire ce qui me rassura aussitôt sur mes véritables intentions. C’est donc avec un plaisir immense que je mis à la fréquenter régulièrement et au fil de nos rencontres, je réalisai soudainement à quel point nous étions sur la même longueur d’onde. Une complicité maladive ne tarda d’ailleurs pas à nous unir et sans m’en rendre vraiment compte, je devins très protecteur vis-à-vis de Melany. Dans un premier temps, je tentai tant bien que mal de me persuader que je la considérais comme une petite sœur mais un événement anodin m’obligea à admettre la vérité: en réalité, je n’avais jamais cessé d’avoir le béguin pour cette étudiante.

Aujourd’hui, je ne suis même plus en mesure de me voiler la face et si en apparence, je n’ai jamais donné la sensation de souffrir de cette situation, je commence à être à court de solutions pour cacher l’attirance que j’ai pour cette jeune fille. Dans une certaine limite, j’essaye de restreindre le nombre d’heures que je passe en sa compagnie mais j’évite néanmoins de trop la fuir car mon comportement pourrait vite devenir suspect à ses yeux. Evidemment, il suffirait que je lui déclare ma flamme pour que notre relation soit limpide comme de l’eau de roche mais je refuse catégoriquement d’étudier cette possibilité. Pas réellement disposé à ouvrir mon cœur, je demeure convaincu qu’il y aurait trop d’obstacles à contourner pour que l’on file le parfait amour. Pour éviter de tout foutre en l’air, je me répète inlassablement que j’ai déjà la chance de pouvoir compter Melany parmi mes amis: le seul soucis, c’est qu’à force, le refrain commence à sonner faux. J’accepte d’autant plus mal cette triste réalité que je ne suis pas sans ignorer que cette charmante demoiselle est dotée d’un sublime timbre de voix. Je me sentirais donc privilégié si nous avions l’opportunité de collaborer ensemble sauf qu’aujourd’hui encore, il me semblerait présomptueux de prendre un tel risque sachant que cela me conduirait à me rapprocher de l’étudiante que j’aime secrètement.

Pas abattu pour un sou, je me suis arrangé pour ne jamais être passif dès que j’ai réalisé que l’immobilité deviendrait mon pire ennemi. Depuis environ un mois, j’ai donc décidé de donner un peu de mon temps libre à une association qui s’occupe des plus démunis. J’apprécie de travailler au sein de cette organisation car elle me permet d’être en accord avec ma personnalité: après tout, que peut-il y avoir de plus gratifiant que de procurer de la joie à ceux qui sont dans le besoin? Au quotidien, j’ai donc trouvé la parade idéale pour lutter contre l’ennui et même si mon chemin est parsemé de mines, je parviens à arborer un sourire qui n’est aucunement forcé. Pas très talentueux pour régler mes propres soucis, je fais souvent abstraction des problèmes que je rencontre pour me pencher sur ceux de mes proches. Il faut reconnaître qu’à ce niveau, j’ai du pain sur la planche car si je n’ai aucun différent avec mes amis, le hasard a voulu que de leur côté, ils aient du mal à accorder leurs violons. Une guerre fratricide oppose Night à Holly et je mentirais si je disais que je ne suis pas perturbé de me situer au milieu de leurs innombrables querelles. J’aimerais réellement les réconcilier mais il n’est pas facile pour moi de jouer le rôle de médiateur car j’estime que les différents qui les opposent, ne me regardent pas. Parfois témoin de leurs violentes disputes, j’ai tout de même réussi à réunir quelques indices qui me laissent à penser qu’en usant de mon influence, je serai tôt ou tard capable de leur faire entendre raison. Ce qui est certain, c’est que j’ai toujours pris garde de demeurer impartial dans cette histoire veillant ainsi à ne jamais basculer dans le camp de Night alors qu’il n’aurait pas semblé illogique que j’accorde un traitement de faveur à mon meilleur ami. A l’inverse, je n’hésite pas à le défendre becs et ongles dès que Melany et Holly le descendent en flèche car je sais mieux que personne qu’il n’a rien de commun avec le monstre qu’il se plaît à incarner au quotidien. En somme, je ne désespère que ces trois-là signent l’armistice dans un futur plus ou moins proche.

A ce propos, je vous vois venir avec vos grands sabots. Je suis persuadé que dans votre fort intérieur, vous êtes convaincus que j’entretiens des rapports privilégiés avec Holly et que cela explique qu’elle ne soit pas la cible de mes critiques. Au risque de vous surprendre, sachez que vous êtes loin du compte si vous raisonnez ainsi.

En toute honnêteté, je ne connais cette jeune fille qu’au travers des anecdotes que Night et Melany m’ont raconté à son sujet. Bien évidemment, il m’est déjà arrivé d’échanger quelques mots en sa compagnie mais les rares fois où nous avons parlé ensemble, nos discussions sont demeurées aussi brèves qu’inintéressantes. Il n’y aurait donc rien d’étonnant à ce que je la méprise totalement puisque de manière indirecte, elle cause du tort à mon meilleur ami mais bizarrement, il ne m’est jamais venu à l’idée de la juger négativement. Qu’est-ce qui me pousse donc à lui accorder tant de crédit? C’est en fait une question à laquelle je suis incapable d’apporter la moindre réponse. Ayant une intuition très développée, j’ai tendance à croire que nos deux cœurs portent des blessures communes et que l’on se ressemble donc sous certains aspects mais ce n’est pour le moment qu’une opinion qui reste à l’état de supposition. Quoi qu’il en soit, à défaut de ne pas pouvoir la considérer comme une amie, j’estime que la moindre des politesses est de ne pas l’accabler pour une faute qu’elle n’a pas commise.

A l’heure où je termine de vous conter ce récit, le soleil disparaît derrière l’horizon: une nouvelle journée vient de s’achever. A 20 ans, je pourrais presque considérer que ma vie vient de débuter et pourtant, elle n’a déjà pas manqué de piquant jusqu’à présent. Allongé sur mon lit, je relève légèrement la tête pour contempler certaines photos que j’ai accroché sur l’un des murs de ma chambre. Implicitement, je pense alors à toutes ces personnes qui ont traversé mon existence en y laissant une trace indélébile. Leur amour ainsi que leur soutien indéfectible ont-ils contribué à me rendre meilleur? Était-ce inévitable que nos routes finissent par se séparer? Est-ce que mon nom est resté gravé dans un coin de leur cœur? Les questions s’accumulent dans mon esprit mais je n’ai pas le temps de cogiter bien longtemps car la voix de Night résonne dans l’appartement m’incitant alors à sortir de la torpeur dans laquelle il n’était pas rare que je m’enfouis. Mon plus grand défaut? Me raccrocher sans cesse au passé quand je ne devrais vivre que le moment présent.

Your Personality ;


La nature humaine pousse les gens à avoir des préjugés bien fondés sur des personnes qu'ils n'ont pourtant jamais fréquentées. Par expérience, j'ai appris à ne plus faire attention aux bruits de couloirs mais je peux vous dire qu'on m’a déjà décrit de mille et une façons. Pourtant, chacun de ces portraits était bien loin de la vérité et pour cause puisque moi même, j'ai parfois bien du mal à savoir qui je suis. Si je devais oser une comparaison, j'aurais tendance à dire que mon esprit est aussi vaste qu'un labyrinthe: on s'imagine toujours qu'on est à deux doigts de cerner ma personnalité mais au final, on se retrouve toujours dans une impasse. Selon mes humeurs, je peux être un véritable bout en train ou bien alors me terrer dans ma solitude: je suis un peu comme Docteur Jekyll et Mister Hyde. Ce qui me rend unique? Je pense que c'est justement le fait d'être aussi imprévisible. Je suis certain que même mon ami le plus proche arrive encore à être surpris par certaines de mes réactions alors que l'on a pratiquement tout partagé ensemble.

Dit comme cela, je pourrais donc facilement passer pour une plaie dont on a envie de se débarrasser mais croyez-le ou non, j'ai toujours eu la chance d'être bien entouré. Je pense que mes amis m'apprécient avant tout parce qu'ils savent que je ne serais jamais capable d'abandonner quelqu'un que j'aime si celui-ci se trouve dans la difficulté: c'est le bonheur de mes proches qui m'a toujours donné le sourire. D'ailleurs, on m'a souvent confié que ma gentillesse me perdrait mais j'ai beau être un homme complexe, je possède un cœur en or et ça, personne ne pourra me l'enlever. Renfermé et réservé, je déteste me mettre en avant: il m'arrive de jouer les vantards mais je le fais uniquement pour délirer. Aussi étrange que cela puisse paraître, j'ai également beaucoup de mal à accepter les louanges: c'est d'ailleurs le meilleur moyen de me faire rougir. On pourrait donc imaginer que je manque de confiance en mes capacités mais il n'en est rien. Paradoxalement, je suis même une personne très ambitieuse: je n'ai jamais reculé devant un défi. D'ailleurs, je me suis toujours fixé des objectifs pour décupler ma motivation.

Je n'ai également pas peur de reconnaître que je suis un éternel romantique. A mes yeux, l'amour est un sentiment noble que l‘on ne peut pas décrire tant qu‘on y a pas goûté par ses propres moyens. D’ailleurs, je pense que je n‘ai jamais été aussi heureux que lorsque j‘ai offert les clés de mon cœur à une jeune fille. J'en ai parfois souffert mais cela ne m'a pas conduit à changer mon fusil d'épaule. C'est sûrement pour cette raison que je suis aussi d'un naturel sensible. Je ne le crie pas sur tous les toits mais j'ai la larme facile: j'évite néanmoins d'ouvrir la fontaine en public.

Cependant, je n'affirme pas que je suis un être unique qui ne dégage que des qualités. En effet, je cache une autre personnalité beaucoup plus sombre et mystérieuse qui s'explique par un passé complexe à gérer. Je ressens constamment le besoin de m'isoler quand beaucoup de questions se bousculent dans ma tête. Je n'ai jamais su d'où cela provenait mais sans nul doute qu'un sentiment de culpabilité remonte à la surface dès lors que le destin me pousse à me remette en cause. Je peux alors devenir quelqu'un de très froid et mieux vaut éviter de croiser mon chemin. Même si je déteste la violence, je suis également très agressif lorsqu'on s'attaque aux personnes qui occupent une place dans mon cœur et je sais parfaitement me défendre en toutes circonstances.

En d'autres termes, je ne suis pas le comique de service mais ne comptez par sur moi pour être sérieux à chaque seconde de mon existence: je ne suis ni tout blanc, ni tout noir. J'ai une âme de solitaire et pourtant, je garde un œil attentif à tout ce qui se passer dans mon entourage. En clair, je suis une énigme à moi tout seul et bien malin celui qui parviendra à la résoudre...

Tell me about yourself .



Votre prénom/pseudo; Marco, Sweety, Casper, Angel
Votre âge; 25 ans
Ce qui vous amène ici; Ce forum et moi-même, c'est une histoire d'amour qui dure depuis plus de 5 ans alors nous ne sommes pas prêts de nous séparer.
Où avez vous connu le forum ? : Signe du destin ou simple hasard, je laisse chacun se faire sa propre opinion.
Vos passions; La musique, le sport, l'écriture
Quelque chose à ajouter ?; Oui, arrête de me casser les burnes avec tes questions.


Dernière édition par Troy M. Bolton le Dim 20 Nov - 14:29, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Troy M. Bolton: When I want some, I'll take it! Mer 16 Nov - 8:56

*Prend un haut parleur* Ladies and Gentlemen, voici la présentation la plus longue de l'histoire !

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MessageSujet: Re: Troy M. Bolton: When I want some, I'll take it! Mer 16 Nov - 9:04

Et encore, elle n'est pas terminée . Non, je déconne, j'ai déjà eu du mal à l'achever, je ne la modifierai plus désormais.
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MessageSujet: Re: Troy M. Bolton: When I want some, I'll take it! Mer 16 Nov - 9:07

Tu m'as fait peur ! J'ai presque fini de tout lire, presque xD

Faudra que tu changes ta signature, je suis plus vraiment Sophia Bush xD
Bref, oublies pas de changer ton profil, de le compléter joliment (sauf ce qui est déjà fait), et de faire fiches de liens et topics! Ah, et rejoins nous sur Facebook *w*

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MessageSujet: Re: Troy M. Bolton: When I want some, I'll take it! Mer 16 Nov - 9:12

Oui t'en fais pas, j'ai passé la première couche cette nuit, la deuxième interviendra dans la foulée. Néanmoins, je vais d'abord m'accorder quelques heures de repos bien méritées. De toute manière, je suis de passage sur msn les trois prochains jours donc on aura le temps de se parler. Passe une bonne journé en attendant
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MessageSujet: Re: Troy M. Bolton: When I want some, I'll take it! Mer 16 Nov - 9:14

T'y as passé la nuit ... ? 0.0 Espèce de ... Fou furieux !

Reposes toi bien alors, et super présentation J'adore le passage sur Melany :D

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▲ YOUR SECRET: Elle s'est fait agresser par son ex, a changé de vie mais cela s'est terminé dans un bain de sang.
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MessageSujet: Re: Troy M. Bolton: When I want some, I'll take it! Mer 16 Nov - 12:22

Pourquoi ça te surprend, Mel ? On sait tous que Troy est un oiseau nocturne xP

Bon mon Jim. Il serait temps, hein ?! En attendant, belle présentation :) Il faudra qu'on se fasse un topic pour approfondir le lien Holly/Troy un de ces jours

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Là où la femme règne, le Diable est Premier ministre.
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▲ YOUR SECRET: A fuit son père pendant longtemps mais a décidé d'arrêter et de mettre un terme à leur course-poursuite.
▲ THEY ARE YOUR PEOPLE:
MessageSujet: Re: Troy M. Bolton: When I want some, I'll take it! Mer 16 Nov - 16:10




« Vivre dans un monde où nul n'est pardonné, où la rédemption est refusée, c'est comme vivre en enfer. »

Mais... mais... MAIS C'EST QUE TU AS ENFIN POSTE! Bienvenue à la meuson mon Troyouuuuuu

Tout d'abord, merci d'avoir pensé à regarder notre petit forum d'amour, puis à t'y inscrire. Nous t'accueillons à bras ouverts et espérons que tu t'amuseras bien parmi nous !

Je suis l'administrateur qui se chargera de ta fiche. Si tu as des questions concernant n'importe quoi sur le déroulement du forum, n'hésite pas à m'envoyer un MP. J'y répondrai avec grand plaisir ;) Si tu as des questions par rapport à ton personnage, demande-moi à quel administrateur tu dois t'adresser pour obtenir tes réponses et à son tour, il se fera un plaisir de t'éclairer.

Tu disposes d'un délai de sept jours à compter du moment où tu t'inscris pour finaliser ta présentation, alors termines-la vite que l'on puisse te valider et que tu puisses commencer le RP :D

Une fois ta fiche terminée et ta présentation validée, n'oublie pas de compléter ton profil. Ton avatar, ton rang, le groupe que tu as choisi, une signature si tu le désires; tout doit y être. Attention, les administrateurs veillent ;)
Crée une fiches de liens pour pouvoir interagir avec les autres membres du forum et te faire plein d'amis ou d'ennemis !

« Les topics à ne surtout pas manquer
pour ton intégration
»

Les règles de la communauté Seeking Redemption.
Le modèle à suivre pour ta présentation.
Il est temps d'en apprendre un peu plus sur tes admins !
Envie de créer un scénario ?
Facebook ? Pourquoi parle-t-on de Facebook ?

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Ah et... t'es VALIDE hein! Même si tu aurais pu mettre le code na

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F*** us! [We're famous.]


    [A]nd somehow I stay strong 'cause it's love that keeps us alive when we're broken down inside. Well, it's you that I can trust when there's nothing left. Well, I know I'm blessed. It's love, it's love.
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MessageSujet: Re: Troy M. Bolton: When I want some, I'll take it! Mer 16 Nov - 16:14

Jolie fiche :3
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▲ STAR: Nina Dobrev
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MessageSujet: Re: Troy M. Bolton: When I want some, I'll take it! Ven 18 Nov - 16:26

Bon, comme d'habitude, je suis en retard --' Pardon ><
Bienvenue (même si t'étais là avant, on s'en fiche! :P)
Et j'ai pas eu le courage de lire ta fiche par contre, j'en ai jamais vu une aussi longue depuis que je côtoie les forums (et ça fait 7 ans maintenant alors pour te dire! xD)
Bref! Bon jeu! (:

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MessageSujet: Re: Troy M. Bolton: When I want some, I'll take it!

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Troy M. Bolton: When I want some, I'll take it!

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